Servir le Peuple

Lundi 9 novembre 2009
Avec le 20e anniversaire, le 9 novembre, de la chute du Mur de Berlin, nous avons eu droit depuis un mois au bas mot au déferlement attendu de propagande anticommuniste.
Alors que, à travers le monde, de plus en plus de personnes se déclarent hostiles au capitalisme (rien que dans les pays “riches”, où les sondages sont fiables, plus de 60% des français et depuis la crise des subprimes, plus de 40% des américains), il est bon pour les bourgeois de se rappeler avec une pointe de nostalgie l’époque du triomphalisme et de la toute-puissance, de l’autoproclamée “Fin de l’Histoire”.

En tant que maoïstes, nous le disons et l’avons toujours dit : en 1989, il n’y a pas eu de défaite du communisme (ridicule, le communisme c’est la société sans classe) ni du socialisme (comme société en marche vers le communisme). Il y a eu défaite, ou plutôt faillite, du révisionnisme.

Dans les “pays de l’Est”, le “bloc soviétique”, ce n’était pas le socialisme. Les “démocraties populaires”, ce n’était pas (malgré la redondance grecque et latine) le pouvoir du peuple. Le “socialisme réel”, ce n’était pas la propriété collective des moyens de production – définition du socialisme.

Ces régimes ressemblaient à ce qu’on peut appeler un “capitalisme d’État”. L’État était propriétaire de toute l’économie, bien qu’en Pologne ou en Hongrie il restait une petite propriété à la campagne. Mais l’État n’appartenait pas au peuple.

L’État était aux mains d’une caste, la nomenklatura, les “apparatchiks”, qui s’auto-reproduisait (par cooptation, piston etc.) et vivait bourgeoisement des bénéfices réalisés par les travailleurs. Cette caste décidait de tout ou l’essentiel, malgré des masques “démocratiques”, en fonction de ses intérêts – et non pas des intérêts du peuple. Exactement comme dans nos “démocraties” capitalistes.

Et dans les “pays de l’Est”, elle n’était elle même qu’une “superviseuse” : ses intérêts passaient après ceux de la nomenklatura de Moscou, ses “patrons”.

En réalité l’État “socialiste” n’était qu’une grosse entreprise, géré comme une entreprise avec des cadres dirigeants et des cadres intermédiaires, pour le compte d’une “maison-mère” – l’URSS.

Cette situation, qui a ses racines dans la gestion de Staline, est née après sa mort, avec la “déstalinisation” de Khrouchtchev qui a en réalité servi de couverture à la liquidation progressive de tout ce qu’il y avait de socialiste (avec toutes ses imperfections) sous Staline.

Ce “système” était bâtard, ni (certainement pas !) socialiste, ni capitaliste au sens ou nous l’entendons (que ce soit “libéral” ou “dirigiste”) : en fait, c’était une restauration progressive du capitalisme tout en gardant des “apparences” socialistes. Il n’avait pas la “souplesse” du capitalisme libéral ou même “dirigiste”, qui lui donne une “relative” capacité d’adaptation.

Le Mur et le Rideau de fer, construits soi-disant pour “empêcher les agressions impérialistes” (alors que la dissuasion nucléaire interdisait tout affrontement direct entre l’OTAN et la Pacte de Varsovie) en était la parfaite illustration : il montrait bien comment les dirigeants n’avaient aucune confiance, non seulement dans le peuple, mais dans leur propre système.

Il a été construit parce que, dans les années qui ont précédé, ce sont des millions d’Allemands de l’Est qui ont quitté le pays : au début, surtout des anciens nazis et des individus plus ou moins compromis avec le IIIe Reich, mais par la suite non seulement des intellectuels et des diplômés (pouvant espérer un meilleur salaire à l’Ouest) mais aussi de simples travailleurs. Car alors que le plan Marshall faisait de Berlin-Ouest une vitrine scintillante de l’Occident capitaliste, la pression soviétique sur l’économie est-allemande rendait le quotidien difficile.

Le système est ensuite entré, au milieu des années 70 (en même temps que la crise générale du capitalisme) dans une crise profonde et irréversible. A l’Ouest, la crise capitaliste se traduit par la baisse ou la stagnation des salaires, la chute du pouvoir d’achat. Dans les pays de l’Est, où l’accès à l’alimentation, aux biens de consommation (comme la voiture), au logement etc. est considéré comme un dû pour le travail “socialiste”, elle s’est traduite par la pénurie : rayons de magasins vides, plusieurs années d’attente pour une voiture ou une machine à laver, coupures d’électricité ou de téléphone, immeubles en délabrement…

Ceci ajouté à l’absence de démocratie populaire, de pouvoir du peuple pourtant chanté sur tous les tons, la colère du peuple finit par éclater. D’abord en Pologne en 1980-81, puis dans les autres pays à partir de 1988.

Face à la situation, la direction soviétique de Gorbatchev décide à partir de 1985-86 la liquidation totale, le rétablissement du capitalisme pur et simple (peut-être voulaient-ils une économie “sociale de marché” à la suédoise, mais les forces qu’ils ont libéré – oligarchiques et maffieuses – ont été plus fortes qu’eux). Et les pays “frères” vont devoir suivre le mouvement, de gré (Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne) ou, lâchés, de force (RDA, Bulgarie, Roumanie où la chute de Ceacescu prendra un tour sanglant).

Partout les “liquidateurs” (alléchés par leur future position d’oligarques) vont s’appuyer sur le mouvement populaire contre la “vieille garde” révisionniste. En Roumanie cela se terminera par l’exécution de Ceacescu, véritable règlement de compte maffieux sous une parodie de procès.

1989, c’est donc l’année de la faillite totale et de la liquidation complète du “socialisme” capitaliste d’État soviétique, aboutissement d’un processus de restauration capitaliste commencée par Khrouchtchev au milieu des années 50.
Dans la logique de Khrouchtchev, qui exposait sa doctrine de coexistence pacifique ainsi : “Voyons quel modèle fonctionne le mieux”, c’est une défaite, la défaite du “modèle” révisionniste.

Mais, en voyant les célébrations des bourgeois, des maffieux et des fascistes encore 20 ans après, nous refusons de nous joindre à ceux qui, à l’extrême-gauche, ont vu et voient encore l’évènement comme une victoire.

Ça n’a été une victoire pour personne.

Pas pour les peuples concernés, qui passée l’euphorie des premiers temps, ont vite compris ce que signifiait le mot “liberté” sous le capitalisme : liberté de se faire exploiter, jeter au chômage et à la rue, de lutter jour après jour pour remplir le garde-manger, payer son loyer, ses crédits, ses assurances etc…
Aujourd’hui, 20 ans plus tard, les Européens de l’Est sont de 50 à 60% à regretter la vie sous les États policiers révisionnistes. Et ces 50 à 60% ne sont certainement pas les anciens caciques du régime, pour la plupart reconvertis en businessmen florissants.

Et non, les régimes fascisants et maffieux qui en ont pris la place ne valent pas mieux que les nomenklaturas d’hier : non seulement ce sont parfois – et même souvent – les mêmes bureaucrates “reconvertis”, mais la situation des travailleurs “en bas de l’échelle”, des minorités, en particulier les Roms mais également les minorités présentes dans tous les pays (slovaques de Hongrie, hongrois de Slovaquie et de Roumanie etc. sans parler de l’ex-Yougoslavie) s’est considérablement détériorée – doux euphémisme.

Des fascistes d’extrême-droite gouvernent aujourd’hui la Slovaquie, ont gouverné la Pologne (jumeaux Kasczinski, 2005-2007), la Tchéquie (Vaclav Klaus 1992-1998, actuellement président de la république), sont puissants et influents en Hongrie, en Roumanie, dans les pays baltes ou en Ukraine, réhabilitant le passé nazi, faisant la chasse aux Roms, aux minorités, aux homosexuels et aux communistes et progressistes.

L’ancien “glacis” soviétique a été livré aux vainqueurs et dépecé : l’impérialisme français est influent en Roumanie (Renault y a délocalisé des usines et racheté Dacia), l’Allemagne et l’Autriche en Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Slovénie et Croatie etc. D’une manière générale, la domination économique de l’Europe de l’Ouest et des USA a remplacé celle de l’Union Soviétique.

“L’Ostalgie”, comme toutes les nostalgies, ne porte aucune perspective révolutionnaire pour demain. Mais elle est tout de même révélatrice sur ce que fut ce 9 novembre pour les peuples de l’Est, mais aussi du monde entier.

Car ce fut une terrible défaite aussi pour toutes les luttes révolutionnaires des peuples à travers le monde, de l’Amérique latine à l’Extrême-Orient, livrées à l’offensive tout azimut et à l’arrogance triomphatrice des vainqueurs.
Partout les guérillas et les révoltes populaires sont écrasées (comme au Pérou avec l’arrestation de Gonzalo, au Vénézuela avec le caracazo), sombrent dans la division et les affrontements internes (comme aux Philippines), sont forcées de “négocier” la paix en position d’extrême faiblesse (Amérique centrale) ou se voient accorder des mascarades de victoire (Afrique du Sud, Palestine, Chili)…

Et une fois “l’empire du Mal” effondré, les puissances impérialistes ont repris “comme en 40” ou plutôt “en (19)10” leur “grand jeu” pour le contrôle mondial des ressources et des marchés : France et États-Unis en Afrique, États-Unis et Europe contre la Russie dans le Caucase, les Balkans et en Asie centrale etc.

La situation se redresse tout doucement depuis la fin des années 90, car confronté lui-même (avec 20 ans de retard) à la crise terminale et à la fuite en avant militariste, le capitalisme “occidental” voit se dresser devant lui une opposition de plus en plus nombreuse, ferme et résolue (qu’il reste à armer d’une véritable théorie scientifique révolutionnaire, pour la sortir des voies de garage comme le “bolivarisme”, le “socialisme du 21e siècle” ou l’islamo-nationalisme).

Mais la situation reste difficile. Le rapport de force hérité de 1989, en faveur des impérialismes occidentaux et de leurs émules russes et chinois, sera encore long à renverser. Et pourtant, “le monde ne peut plus attendre”…

Nous vivons depuis 20 ans dans une situation nouvelle, ou plutôt, pas tant que ça : une situation qui ressemble à celle du début du 20e siècle, avec des particularités nouvelles : le “tiers-monde” qui était largement “hors” du mode de production capitaliste – sauf pour le pillage des matières premières – est maintenant au coeur de la production industrielle et agricole, “usine” et “grenier” du monde, et également champ de bataille, théâtre des guerres impérialistes puisque avec l’arme nucléaire, les puissances ne peuvent plus s’affronter directement.

Il est absolument impossible, et stupide, de raisonner dans cette situation, ce rapport de force, avec les schémas théoriques des années 50, 60 ou 70 (l’époque de la guerre froide, de la lutte de la Chine révolutionnaire contre l’URSS révisionniste etc.).
Or beaucoup le font encore, et les “innovateurs” n’ont fait que pour produire des théories délirantes et anti-marxistes comme “l’Empire” de Toni Negri.
Parmi les rares réflexions marxiste-léniniste-maoïstes post-89, on trouve celle des CARC et des fondateurs du (n)PCI en Italie.

En 1989, les trotskystes, jamais à un triomphe anti-communiste près (ils avaient déjà acclamé la 1ère liquidation de Khrouchtchev dans les années 50, au nom du “retour au source de la révolution”) ont bien sûr crié à la “victoire des peuples contre la bureaucratie, le stalinisme”. Malheureusement pour eux, l’URSS révisionniste était leur caution pour jouer les “plus rouges que rouge”… Depuis sa disparition, ils ont suivi la gauche petite-bourgeoise (dont ils ont au fond toujours fait partie) dans son glissement à droite, pour présenter aujourd’hui une sorte de social-démocratie un peu plus “radicale” que le PC et la gauche du PS.

Mais ce sentiment de victoire a aussi été partagé par beaucoup de “ML” et de “maos”, les mêmes qui dans les années 70-début 80, contre toute vraisemblance (et contre Mao qui n’a jamais dit cela et même dit le contraire, mais par contre avec la ligne contre-révolutionnaire de Deng et compagnie) considéraient l’URSS comme l’ennemi n°1, la principale menace pour l’humanité. Et certains raisonnent toujours de même, avec la Russie et/ou la Chine, ou un abracadabrant “bloc France-Allemagne-Russie… Ceux là saluent encore la “victoire du peuple” du 9 novembre, de concert avec la bourgeoisie réactionnaire du monde entier – et les apparatchiks de l’époque, libérés du “carcan” étatique et devenus hommes d’affaires prospères.

Voir une victoire, ou un non-évènement, un simple “changement de décor”, “baisser de rideau”… Là ou on est passé, pour les peuples du monde, d’une situation difficile après Khrouchtchev et très précaire après la contre-révolution en Chine (1976-77), à une situation catastrophique ! Situation qui commence à peine à s’améliorer…

Dire cela, ce n’est pas être un adorateur de Honecker et Ceacescu (maffieux, flics et assassins) ni “regretter” quoi que ce soit d’un système de toute façon voué à s’effondrer dans le contexte de la crise mondiale (elle même inévitable), un système condamné à la restauration du capitalisme depuis les années 50.

C’est simplement voir le monde tel qu’il est, le rapport de force tel qu’il est, c’est avoir connu l’engagement révolutionnaire communiste dans les années 90 (dans les masses bien sûr, pas avec ses potes dans un squatt proclamé “zone libérée”), avoir vu le désarroi, la démoralisation (déjà présents dans la décennie précédente) qui régnaient alors.

D’autres, considèrent que la chute du Mur et de l’URSS leur a “enlevé une épine du pied”, en supprimant l’assimilation du communisme à un système tout sauf communiste. Sur ce point, nous sommes d’accord sur le long terme, mais de toute façon il n’y a pas à discuter des “bons” ou des “mauvais” côtés d’un évènement programmé depuis 30 ans, depuis Khrouchtchev. La seule question était (si on y avait pas réfléchi avant) de savoir rapidement “que faire ?” ensuite…
Dans tous les cas, c’était une grave erreur de croire que la disparition du “contre-modèle” serait immédiatement profitable : il était évident que les forces réactionnaires libérées (par cette “faillite politique, économique et morale”) allaient d’abord imposer des temps très difficiles…
Notre époque, 20 ans après, est celle de la reconstruction dans tous les pays d’un authentique Parti révolutionnaire communiste, et d’un Mouvement Communiste International. C’est aussi celle du retour de l’optimisme, car à mesure que le capitalisme s’enfonce irrémédiablement dans la crise et la guerre, certes les souffrances des masses mondiales s’accroissent, mais avec elles la révolte, et à nouveau le vent gonfle les voiles !

Sachons être à la hauteur de nos tâches ! Sachons aller de l’avant, pour la Révolution, pour l’Humanité, pour le Communisme !

Servir le Peuple

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