Il y a dix ans, le rideau tombait sur le drame de Lumumba.

Bref et terrible.

Un homme, et avec lui un peuple, assassiné.

Aujourd’hui, la rive gauche du fleuve Congo voit se congratuler deux chefs d’Etat, celui auquel Lumumba arracha l’indépendance de son pays, celui qui la lui arracha.

A grand renfort de reporters internationaux, de numéros spéciaux du Monde Diplomatique, et d’hommes d’affaires belgo-américains.

Que reste-t-il de Lumumba ?

Le souvenir lancinant au coeur des peuples d’Afrique du seul homme qui, dans l’apothéose néo-coloniale des fausses indépendances de 1960, osa se lever et crier : Non !

Le souvenir lancinant de cet homme, de son peuple, qui se battirent seuls contre tous, contre les parachutistes belges et les armées de l’ONU, contre « l’opinion publique mondiale » qui, déjà, assassinait un peuple sous couvert de protéger les siens, contre les ricanements de l’homme civilisé, contre toutes les trahisons, contre le fer, le sang, et le mensonge déchaînés ?

Aujourd’hui, certes, le cuivre et l’uranium du Katanga sont saufs.

Ceux qui voulurent reprendre le drapeau de Lumumba au Congo, Soumialot, Mulélé, assassinés, au besoin avec de nouveaux renforts de parachutistes civilisateurs.

Et pourtant, qu’est 1970 pour l’Afrique ?

La croisière triomphale sur le fleuve Congo, ou l’Angola, ou la Guinée, ou le Mozambique, ou la Namibie, ou le Zimbabwe, ou le Tchad, ou l’Erythrée ?

Lumumba vit, plus que jamais, par Cabral, par Neto, par les peuples d’Afrique, par le fidaï d’Amman et celui du Tchad, par le peuple congolais qui, lui aussi, se lèvera et saura, avec les autres peuples d’Afrique, régler, aux parachutistes et à leurs mandants, leurs comptes.

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