“Les aigles peuvent parfois voler à la hauteur des poules, mais les poules ne s’élèveront jamais à la hauteur des aigles” (V.I. Lénine, au sujet de Rosa Luxembourg)

Tombé le 9 octobre 1967 en Bolivie, Ernesto “Che” Guevara de la Serna était assurément un aigle de la révolution.

Lorsque des soit-disant “maoïstes” osent affirmer que “les maoïstes ont toujours rejeté le Che”, il y a vraiment de quoi rigoler…
Ces individus ont bien plus à voir avec l’anarchisme sectaire et borné, le gauchisme dogmatique façon “Gauche communiste” ou certains groupuscules hitléro-trotskistes, qu’avec quoi que ce soit de maoïste ou même de marxiste.

Ce qui est vrai, c’est que le Che a commis des erreurs, erreurs aux conséquences tragiques y compris pour lui même.

La principale de ces erreurs est la fameuse théorie du foco, du “foyer de guérilla” : un petit groupe de guérilleros “parachutés” dans une région particulièrement déshéritée, suffirait à entraîner les masses exploitées derrière eux vers la révolution.

Conception subjectiviste, idéaliste, militariste, qui néglige le travail politique de fond dans les masses, la préparation idéologique, préalable indispensable à toute lutte armée. Il s’agissait en fait d’une systématisation erronée de ce qui avait réussi à Cuba, dans des conditions bien particulières où les révolutionnaires ont, si on peut dire, “eu de la chance” – mais beaucoup et bien travaillé aussi, qu’on ne se comprenne pas mal.

Mais en Bolivie, après un premier échec au Congo, les paysans n’ont pas suivi le petit groupe de guérilleros “tombés du ciel”, ignorants de leurs préoccupations concrètes, de leurs us et coutumes et même de leur langue ! (beaucoup de paysans indigènes ne parlaient même pas, ou mal, espagnol à cette époque).

Ajoutée à la politique d’obstruction du P”C” bolivien, de refus de toute aide à la guérilla, cette conception erronée l’a conduit ainsi que ses compagnons vers son destin funeste…

Après sa mort, la théorie du foco fut rapidement abandonnée par toutes les guérillas révolutionnaires du continent, au profit de la guerre populaire prolongée et du travail politique de masse. Les seuls à s’en réclamer par la suite furent des groupes en réalité “réformistes armés”, c’est à dire pour qui l’action armée vise à ouvrir des négociations avec le pouvoir en place pour obtenir des “avancées”, et non à le renverser. Comme le MRTA au Pérou par exemple (anéanti en 1997, après un prise d’otage à l’ambassade japonaise).

Le P”C” bolivien, puisqu’il en est question, permet d’enchaîner sur la 2e grande erreur. Le Che a certes vu, mais grandement sous-estimé le révisionnisme, le processus d’abandon du socialisme et de rétablissement du capitalisme en URSS.

Des 1962-63, sa critique de la “coexistence pacifique” de Khrouchtchev, de l’embourgeoisement de la direction soviétique, de la mollesse du soutien aux luttes de libération du “tiers-monde” et de l’hégémonisme de l’URSS sur celles-ci et les peuples nouvellement libérés, semblait l’amener progressivement sur les positions chinoises. Mais il n’ira jamais au bout de ce raisonnement.

Pour lui, la controverse sino-soviétique était un facteur de division et d’affaiblissement du mouvement communiste international, qu’il fallait essayer de limiter voire de réparer à tout prix. Il pensait que l’URSS pouvait être ramenée “dans le droit chemin”.
En fait, c’était un marxiste-léniniste “orthodoxe” (“stalinien” diraient certains…) pour qui la lutte de lignes (et nécessaire la rupture) affaiblissent le camp de la révolution ; alors qu’en réalité elles le renforcent.

Cependant, rien ne permet d’affirmer quelles auraient été ses évolutions ultérieures, si la mort ne l’avait fauché à 39 ans dans la sierra bolivienne. Peut être que la trahison des pro-soviétiques boliviens aurait encore radicalisé ses positions sur l’URSS, et l’aurait rapproché du maoïsme dont la Révolution culturelle était en passe de changer la face de la Chine – et du mouvement communiste international. Pure politique-fiction…

Donc, oui le Che a commis des erreurs lourdes, et il les a payée le plus cher possible : de sa vie. Mais si il a pu voler à la hauteur des poules (ce qui semble exagéré comme image), les poules ne voleront jamais à sa hauteur, même 42 ans après sa mort.

Il restera un modèle d’intégrité et de détermination révolutionnaire, et un symbole pour les masses à travers le monde (qui elles ne s’y trompent pas…), même très loin de l’Amérique latine.

Après la révolution cubaine, il dirigea l’épuration implacable – et méritée – contre les assassins et les tortionnaires fascistes du régime de Batista. Puis il présida pendant 4 ans, comme ministre de l’économie, à la construction certes inachevée d’une économie socialiste à Cuba.

Un modèle à défendre contre toutes les attaques et les récupérations. Les récupérations comme icône de mode par le grand capital, ou même par les fascistes, ont leur source dans la récupération par la petite-bourgeoisie réformiste “radicale”, dès 1968 avec la LCR.

Quels qu’aient étés les errements idéalistes du Che, difficile de comprendre ce qui a pu les amener a projeter leurs fantasmes de “socialisme démocratique” sans dictature du prolétariat sur un homme qui a été pendant plus de 10 ans un dirigeant communiste intransigeant, qui citait Staline dans ses discours et pourfendait les trotskistes. Mais le fait est que…

La dernière tentative de récupération de ce genre fut le bouquin de Besancenot en 2007 (pour les 40 ans de sa mort).

Cependant celui-ci s’est trouvé en rude concurrence, dès sa sortie, avec un ouvrage de “démolition du mythe” (façon Propagandstaffel -“Livre noir”) signé Jacobo Machover. Preuve parmi d’autres du recul de la social-démocratie (qu’on ne charge plus de “récupérer” le besoin de révolution des masses) et de renforcement de l’offensive idéologique généralisée de la Réaction (autrement dit la poussée du fascisme).
Si les 30 ans de sa mort avaient coïncidé avec la sortie du “Livre noir du communisme” de la clique Courtois – où il avait droit à sa part de calomnies, il avait surtout eu droit à son hymne (“Hasta siempre”) entonné par des top-model séduisantes… Mais c’est vrai, c’était la “Fin de l’Histoire”!

Preuve que les temps ont changé, que l’offensive contre la révolution qui vient passe par l’offensive contre les figures des révolutions passées [jeunes villiéristes ; site fasciste suisse], et que l’heure n’est pas – quelles qu’aient été ses erreurs – à se joindre à ces attaques contre un des plus grands révolutionnaires communistes de son époque (avec Mao et Ho Chi Minh) !

HASTA SIEMPRE COMMANDANTE !!!

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