Servir le peuple

En ce début de décennie 2010, l’ampleur prise par la NOUVELLE VAGUE révolutionnaire mondiale, avec des évènements insurrectionnels jusqu’au coeur des métropoles impérialistes (Angleterre, Allemagne), met clairement à l’ordre du jour une question fondamentale : celle de la construction de l’organisation révolutionnaire qui renversera le capitalisme, la question du PARTI. Une organisation révolutionnaire posant la QUESTION DU POUVOIR, dont les évènements tant en Europe que dans les pays arabes font apparaître cruellement l’absence. La construction partidaire est donc la tâche immédiate des communistes révolutionnaires sincères dans tous ces pays. Par ces thèses fondamentales, Servir le Peuple veut apporter sa contribution à cette tâche, en exposant sa conception de l’organisation communiste de notre époque. Bien sûr, SLP n’est qu’un (petit) média révolutionnaire au sein d’un (petit) réseau, et ces thèses sont forcément discutables, et précisément là pour être discutées, pour lancer le débat franc et ouvert dans le mouvement communiste francophone. Néanmoins, elles reposent sur un engagement révolutionnaire de plus de 10 ans, et déjà presque 2 ans d’expérience en tant que média révolutionnaire au sein du mouvement communiste.

Précisons simplement que SLP assume à 100%, D’AVANCE, tous les épithètes (“gauchiste”, “semi-anarchiste”, “petit-bourgeois”, “antimarxiste” ou bien “opportuniste de droite”) qui pourront lui être lancés par les individus et/ou groupes correspondant aux critiques ci-dessous exposées…

Les Thèses fondamentales de la construction partidaire au 21e siècle sont donc les suivantes :

– Anti-sectarisme. La “Vérité révolutionnaire” (conception communiste du monde) est UNE et une seule ; il n’y a pas 36 “vérités” qui se vaudraient : Servir le Peuple rejette ainsi la conception trotskyste du “droit de tendance”*. Mais voilà : dans le dernier quart du 20e siècle, avec le triomphe de la contre-révolution en Chine et l’évidence de la faillite du “capitalisme d’Etat” soviétique, le mouvement communiste international a subi un grand revers stratégique mondial et une grande décomposition. La “Vérité” est donc, aujourd’hui, “éparpillée façon puzzle” : AUCUNE organisation, aucun collectif, aucun individu révolutionnaire (et pas plus SLP que les autres) ne peut prétendre la détenir à 100%, ni même à 80%, ni même (soyons francs) majoritairement. En revanche, TOUTES ou presque toutes les organisations (et les collectifs, et les individus révolutionnaires), même lorsque leur conception du monde et leur stratégie sont très majoritairement erronées, en détiennent une partie, détiennent quelques conceptions intéressantes, quelques pièces du puzzle. Ceci est valable pour les organisations-collectifs-individus ML ou maoïstes, mais aussi “trotskisants” (le trotskysme “pur” n’existe pratiquement plus aujourd’hui) ou libertaires ou anarcho-communistes (dont les critiques sur la forme-Parti, disons-le, doivent être entendues après les graves échecs du 20e siècle, où la nouvelle bourgeoisie s’est formée dans le Parti même). Le Parti qui fera la révolution ne pourra reposer que sur une conception du monde (au moins) à 70% ou 80% complète et juste : la tâche actuelle des communistes est donc de construire cette conception communiste du monde, de rassembler les pièces du puzzle. Il ne faut s’interdire aucune source, aucune “matière à réflexion” théorique d’où qu’elle vienne, sur de bêtes a priori idéologiques (“c’est des trotskyyyystes !”, “c’est des révisionniiiiistes !” etc.).

D’autre part, les communistes, vis-à-vis des organisations “révisionnistes”, “trotskystes”, “syndicalo-réformistes” etc. etc., doivent avoir pour ligne de conduite de principalement parler à la gauche (dans toute organisation existe une gauche : ensemble des conceptions progressistes tendant vers la conception communiste, et des éléments portant ces conceptions), afin de la rallier à leur Front uni**, favoriser la lutte de lignes dans ces organisations et isoler la droite ; et non principalement attaquer la droite, ce qui a beaucoup été le cas par le passé (surtout les 30 ou 40 dernières années), donnant des communistes une image agressive et sectaire, et conduisant la gauche à “faire bloc” avec la droite… Cela est également valable pour les individus pris isolément, en qui existent toujours des conceptions progressistes (une gauche) à “réveiller”, à mettre en contradiction avec leurs conceptions réactionnaires, etc. C’est un travail de longue haleine, mais les communistes ont pour eux leur vision scientifique des choses. Des centaines des personnes pourraient ainsi, chaque année, être gagnées au mouvement communiste, au Parti ou à son Front uni, plutôt que laissées au réformisme bourgeois ou à la réaction, voire au fascisme…

– Feu sur les avant-gardes autoproclamées : les individus et groupes qui “font la révolution” uniquement pour 1°/ pendant la lutte révolutionnaire, se sentir importants, se prendre pour Lénine, “s’exciter sur leur piédestal” ; 2°/ dans (l’éventuelle) nouvelle société socialiste, rester sur le dessus du panier. Ce genre de personnages infeste malheureusement le mouvement communiste au sens large (ML, maoïste, trotskyste et même libertaire). Ce n’est pas tant qu’ils représentent un grand danger : les masses prolétaires et populaires avancées et combattives ont aujourd’hui atteint un niveau de conscience politique qui fait qu’elles se détournent (à 99%) d’eux ; ils ne représentent rien. Malheureusement, ces masses avancées et combattives se tournent alors vers des organisations certes “de masse” (encore que tout soit relatif…), mais réformistes (NPA, PC-JC-UEC, organisations du “Front de Gauche”, syndicats comme la CGT ou SUD), ou anarchistes (avec donc une stratégie révolutionnaire et de transition capitalisme->communisme erronée). C’est malheureux, mais en même temps compréhensible. Le leitmotiv du communiste révolutionnaire professionnel (qui constitue le Parti) doit être au contraire SERVIR LE PEUPLE, servir le peuple et servir le peuple.

– Anti-dogmatisme. Refus d’un “communisme des icônes” : un mouvement communiste qui ne serait qu’une crypte où d’immenses portraits (de Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao…) et des Livres sacrés poussiéreux (les “classiques”) baigneraient dans les fumées d’encens… Si le mouvement communiste international a connu le revers global qu’il a connu dans le dernier quart du 20e siècle, c’est qu’AUCUN dirigeant, AUCUNE conception du monde ne s’est révélé totalement à la hauteur de l’enjeu ultime (le communisme universel). Voir à ce sujet l’intéressant article de Feu de Prairie, repris par Libération Irlande : De l’utilisation des figures radicales au sein de la gauche révolutionnaire.

Là encore, les masses avancées et combattives se détournent de ce qui ressemble à des églises, et non à des organisations révolutionnaires.

– Conséquence de ce qui précède, repenser la forme-Parti. SLP considère fermement, en désaccord avec les libertaires ou les trotskystes (et leurs fourre-tout façon NPA), que la forme-Parti est indispensable. Mais celle-ci, au 20e siècle, s’est sans doute trop conçue sur un mode dogmatique, sectaire et/ou perméable aux avant-gardes autoproclamées [le PC chinois s’est ainsi voulu assez peu dogmatique et sectaire (conception du Front uni), mais a en revanche trop laissé s’infiltrer ou se développer (à partir d’éléments sains à la base) une caste bureaucratique uniquement là pour se sucrer, malgré l’expérience fabuleuse de la Révolution culturelle contre cela]. “Les masses font l’histoire, le Parti les dirige” : c’est vrai. Sans le Parti, les masses ne peuvent remporter la victoire, elles ne peuvent PRENDRE LE POUVOIR ; en revanche, elles ont toujours raison de se révolter contre l’oppression (et leurs révoltes nourrissent dialectiquement la construction partidaire). Mais surtout, le Parti n’est pas une élite éclairée arrivant aux masses d’on-ne-sait-où. Le Parti FAIT PARTIE des masses prolétaires et populaires avancées et combattives : il est leur frange la plus consciente et organisée, autour d’une conception communiste du monde et d’une stratégie révolutionnaire claire (adaptée à la réalité concrète de l’espace géographique considéré). Ni plus, ni moins. A ce sujet, voici la réflexion de Redskinheads de France(RS2F), discutable mais intéressante (justement) par la réflexion et le débat qu’elle suscite. Elle exprime, elle aussi, un rejet populaire des “avant-gardes éclairées” autoproclamées “Parti” : Si tu examines objectivement les actions menées par l’ensemble du mouvement, le combat au sein de l’UGTT, les émeutes, les grèves coordonnées, la circulation des appels en Tunisie, tu réaliseras vite que quelque chose qui ressemble au Parti que tu imagines est à l’œuvre. Le Parti est-il autre chose que la coordination consciente des prolétaires les plus en pointe dans le mouvement pour le faire aboutir ? Doit-il nécessairement et formellement se nommer Parti et arborer l’étoile rouge pour exister objectivement ?

[En quelques lignes, cette conception est discutable car :

1°/ elle fait l’impasse sur la nécessité d’une conception du monde autour de laquelle construire ce Parti (dans les pays arabes, les masses populaires luttaient généralement pour une “démocratie” et un “Etat de droit” “à l’européenne” ; peu mettaient en avant la nécessité d’une Nouvelle démocratie prélude au socialisme, ni la question de la domination impérialiste et de la libération nationale (attaques concentrées contre le “tyran domestique”)) ;

2°/ elle fait l’impasse également sur la stratégie révolutionnaire qui doit guider l’action du Parti, pour la conquête du pouvoir, le renversement de la classe dominante (les masses insurgées arabes, privées de cette stratégie, n’ont donc pas renversé l’oligarchie compradore-bureaucratique-terrienne ; le vieil Etat a simplement été rénové).]

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