Né le 12 juin 1926, Raymond Casas fut un très jeune résistant FTP. Il adhère aux Jeunesses communistes en Mai 1944, à l’age de 18 ans. Il deviendra plus tard un cadre actif du PCF dans la règion de Blois. Militant à la CGT, puis l’un des fondateurs du PCMLF (Parti Communiste Marxiste-Léniniste de France), il fut l’ami de Félix Guattari, prit la parole à la Sorbonne en 1968, fut reçu à Pékin par Zhou Enlai. Sans jamais cesser de travailler ni de militer en usine.

En novembre 2002, pour le 85ème anniversaire d’octobre 1917, une foule immense de communistes du monde entier se pose cette question : Pourquoi ? Pourquoi notre grand rêve a-t-il échoué ? Pourquoi l’oeuvre de nos pères et l’enthousiasme de notre jeunesse sont-ils détruits ?
Pourquoi notre engagement certitude, nos espoirs, sont-ils brisés, anéantis, dénoncés, calomniés, salis, ridiculisés, criminalisés ? Pourquoi ?
De toute les régions de France et du globe s’interrogent des hommes et des femmes déboussolés, jaillissent des feuilles de réflexions, d’invitations, s’adressant aux militants internationalistes.
Chacun se cherche, sent en lui la vérité brisée mais aussi le doute, chacun ressent la force spirituelle considérable que représentent les communistes divisés, atomisés, éparpillés, et chacun en revient à cette énorme question, à cette question unique, à cette Grande Question:
Pourquoi cet échec destructeur ? Comment reconstruire ?
Or, la réponse à cette question existe pages 401-402 de “l’Histoire du PCB” (éditions de Moscou 1949). C’est une citation de Staline en forme de testament spirituel et politique sur l’avenir du PCB et par voie de conséquence du communisme.
Staline cite la légende mythologique d’Antée dont l’invincibilité réside dans la liaison avec Gê, la terre, sa mère, le peuple. Staline prévient les hommes de l’avenir que ce qu’ils croient indestructible périra, que les communistes deviendront des “nullités” s’ils n’ont plus les pieds sur terre, s’ils se coupent du peuple, s’ils se couvrent de rouille bureaucratique et forment une nouvelle classe “d’apparatchiks”, de “nouveaux tsars”, s’ils se laisent aller à l’esprit de présomption, de suffisance, de supériorité, s’ils cachent leurs erreurs. <<Rester liés au peuple, les pieds sur terre, là est le secret de l’invincibilité du parti bolchevique>> conclut Staline.
En 1956, un apparatchik flagorneur, le pire laudateur de Staline, celui que certains bolcheviks appelaient non sans raison le “bouffon”, N. Kroutchev, renie Staline, le criminalise. En 1960-62, il fait détruire toutes ses oeuvres, particulèrement “l’Histoire du PCB” qui sera remplacée en 1965 par une “Histoire du PCUS” (non datée) expurgée de l’essentiel et surtout des citations de Staline.
En France, des milliers d’ouvrages du CDLP et des fédérations seront détruits clandestinement sur ordre de Gaston Plissonier, secrétaire à “l’org”.
Informé en dehors des instances légales du Parti, je m’oppose avec ma cellule à ce crime politique et déclare : <<les nazis, eux, brûlaient les livres publiquement; pour nous, l’autodafé est clandestin>>.
Cet incident, passé sous silence par toute la presse aux ordres complice, me vaudra une “démission-exclusion” du Parti en mai 66. Nous réunîmes (déjà) 500 camarades contestataires au plan national et créâmes le MCF puis le PCMLF, avec un journal d’opposition, “L’Humanité Nouvelle” (lire à ce propos mon ouvrage “Mes années 68 ou le Chant des Lendemains” -1998)
Nous sommes désormais en 2002, les pieds toujours sur terre. Dans le courrier des lecteurs d'”Initiatives Communistes” de novembre 2002 n°18, le camarade A. FLORENCE de Lille propose <<une méthode analytique pour reconstruire le Parti>>. Sa contribution honnête, simple et logique a été publiée dans le “Tribune Libre” de “Liberté Hebdo” (Hebdomadaire communiste du Nord). Florence l’a également proposé à “l’Humanité” <<La reconstruction du Parti nécessitera dit-il, de nombreuses discussions entre les adhérents et l’envoi de messages clairs à ceux dont on peut espérer l’adhésion et pour certains le retour>>.
A. Florence craint à juste titre la <<cacophonie stérile, une confusion des idées, des conclusions bâclées, sans principes durables des ruptures et nouvelles démissions>>.
Florence propose donc 23 points de débats ou une liste de thèmes dont 21 ne me posent pas de problèmes mais curieusement le 21ème “l’analyse critique objective de l’expérience soviétique, faisant suite avec le passé de notre PCF m’interpelle.
Lénine avait mis 21 conditions pour l’ahésion à la 3ème Internationale. Souvenez-vous ? Est-ce un hasard ? Lénine a-t-il fait un clin d’oeil au camarade Florence ?
Le 21ème thème ou condition proposé par ce camarade est pour moi le seul point difficile, essentiel, crucial, le seul qui pose réellement question.
Tous les autres points c’est-à-dire 21/23 ne peuvent que provoquer un accord fructueux après discussions, débats, échanges.
Mais dans l’analyse critique objective de l’expérience soviétique liée intimement comme la chair et l’os au passé glorieux de notre parti, il y a un os et cet os se nomme Staline.
Refuser ou éviter de voir, d’admettre, de reconnaître l’évidence, la vérité, <<cette vérité qui tel le soleil est difficile à regarder en face>> selon Robespierre, c’est capituler.
Cette réalité de destruction de l’URSS de l’Internationale et donc de notre Parti qui a commencé avec la criminalisation de Staline dès 1956-1961-1962, si elle n’est pas acceptés, relève de la cécité politique, du révisionnisme, de l’opportunisme professionnel.
“Initiative Communiste” n°18 rend compte de la conférence internationale des 9 et 10 novembre à Malakoff pour le 85ème anniversaire d’octobre, à l’initiative du Comité Honecker, et cite l’intervention de Léo Figuières sans relever ses propos antistalinien à la tribune.
Nous sommes là en plein sur la 21ème condition du camarade Florence. Léo Figuières, un vieil apparatchik du PCF, ancien adulateur et déïficateur de Staline pour toute une partie de sa vie de journaliste engagé, alors que le PCUS et notre Parti étaient “glorieux”, crache aujourd’hui dans la soupe avec tous les antis staliniens qui vont de Robert Hue à Le Pen.
Cher camarade A. Florence, il n’y aura pas, il n’y aura jamais de “commencement de début” d’un véritable parti tel que tu le souhaites tant que des “révisios” de la taille de Figuières pourront salir leur propre passé, par opportunisme d’apparatchiks.
Je n’oublierais jamais le “Vel d’Hiv” du 24 décembre 1947 ; nous étions 20000 militants réunis pour fêter le 70ème anniversaire de Staline. La tribune de nos apparatchiks faisaient ovationner le nom du “Père du Peuple” de manière quasi religieuse, hystérique, fanatique. Au premier rang, menant la claque : Yves Montant et Figuières.
Je n’aimais pas cette adoration bruyante, aveugle, infantile ; je n’était pas le seul à en être gêné, troublé. Or, le jour où ces laudateurs hystériques ont déboulonné la statue de la roche tarpéïenne et craché sur l’idole, je me suis révolté, j’en ai déduit qu’il ne suffit pas de se proclamer communiste pour être sérieux et conséquent.
Je n’ai jamais adoré Staline, mais toujours respecté, jamais trahi, je continue à agir en communiste. 400 de mes camarades m’ont diffusé 8000 ouvrages sur la Résistance et j’ai pu créer un lieu de mémoire visité depuis 8 ans par quantité de jeunes, où, avec un dernier carré de communistes mais aussi de chrétiens et antifascistes, nous transmettons aux nouvelles générations les messages démocratiques et politiques essentiels de notre ” glorieuse ” jeunesse comme le Parti des fusillés. J’aimerai savoir ce que font les insulteurs de Staline, concrètement, pratiquement pour défendre notre idéale ?
Je suis persuadé qu’il est tout à fait impossible de reconstruire un parti révolutionnaire digne de ce nom, de type léniniste, dans les conditions historiques actuelles, où la ” Pensée Unique ” règne en maîtresse.
Ce qui signifie nullement qu’il faille baisser les bras (je ne les baisse pas), bien au contraire, il faut travailler avec ténacité, patience, volonté, mais aussi lucidité, après avoir comme dit Mao ” rejeté les illusions “. Il faut travailler pour préparer cette renaissance future, en créant un mouvement plus qu’un véritable parti. Mouvement communiste qui le jour venu se transformera, se concrétisera en véritable parti, en outil de la Révolution.
Oui ! Regroupons tous ceux et celles qui ont la volonté de faire surgir cette renaissance , même s’ils ne voient pas l’aboutissement de leurs efforts.
Mais, de grâce, laissons nos illusions à porte, le nouveau 1917 reviendra, c’est une loi historique.
L’acier se coule, se forge, prend forme, se modèle, puis vient le moment de la trempe, le moment décisif où il prend sa dureté : ” comme dans tout phénomène se produit l’accumulation quantitative qui aboutit au bond qualitatif “. Et l’acier fût trempé ! !
Après, ce n’est plus qu’une question d’affûtage.

Raymond CASAS

Ex-secrétaire du PCMLF

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