Nous sommes marxistes, léninistes et maoïstes. Dans le langage courant, on ne retient souvent que le dernier (c’est plus court à dire !) et on parle de maoïstes.
En quoi cela consiste-t-il exactement ? C’est ce que nous allons tâcher d’expliquer ici. Les “initiés” trouveront peut-être notre exposé insuffisant, ce qu’il est sans doute. Mais notre démarche se veut avant tout pédagogique. Destinée à ceux pour qui toutes ces choses théoriques, sans mauvaise plaisanterie, “c’est du chinois”…

Nous sommes donc marxistes-léninistes-maoïstes, car nous considérons que les apports de Mao Zedong à la théorie révolutionnaire communiste sont extrêmement importants, et en font la troisième et supérieure étape du marxisme, après Marx lui-même, avec Engels, au 19e siècle, et Lénine au début du 20e. Ils sont un saut qualitatif de la théorie, et non un simple apport, développement…

Cela contrairement aux marxistes-léninistes “tout court”, pour qui Mao est un “grand communiste” parmi d’autres, comme le Che ou Ho Chi Minh, mais pas au niveau de Lénine ; ou qui le rejettent complètement comme un “déviationniste de gauche” (les “hoxhaïstes”, partisans de l’Albanie d’Enver Hoxha).

L’apport politique de Mao Zedong (ou la plus grande partie) est synthétisé en pratique dans la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne (GRCP) et les années qui ont suivi (1966-76). Faisant de la Chine à cette époque, la plus haute expérience révolutionnaire du 20e siècle.

Nous reviendrons un jour sur les aspects pratiques de cette expérience, bien trop importante pour être développée ici.

Ce qu’il faut retenir, c’est que Mao a compris qu’il ne suffisait pas de mettre un Parti communiste au pouvoir et de nationaliser l’économie pour que le tour soit joué.
Il faut révolutionner la société. Car celle-ci est marquée par l’empreinte de l’ordre ancien, ses rapports sociaux, ses conceptions, ses “réflexes” (la Chine sortait du Moyen-Âge en 1949 !)… Et cette empreinte de l’ordre ancien, est la porte ouverte par laquelle s’engouffre la restauration du capitalisme, le révisionnisme. Ce qui s’est produit en URSS, en Chine, au Vietnam…

Il faut donc lutter politiquement, idéologiquement, par l’éducation politique de masse (et l’éducation des cadres par les masses), contre ces conceptions, habitudes et rapports sociaux qui “chaque jour”, préparent le terrain à la contre-révolution.

On retrouve un peu cette conception dans “l’Homme Nouveau révolutionnaire” du Che, mais ça restait une conception intellectuelle, idéaliste, et elle n’a pas été appliquée après son départ de Cuba. La révolution cubaine a amélioré le niveau de vie des masses, établi des formes de Pouvoir Populaire (les Assemblées populaires, les CDR), mais n’a pas “révolutionné” la société.

Bien sûr, au regard de la Chine d’aujourd’hui, on peut se dire que la GRCP n’a pas été un succès.
Peut-être, mais il y a tout de même une grande différence avec ce qui s’est passé en URSS. Les restaurateurs du capitalisme en Chine, ont dû réprimer brutalement (et continuent à réprimer) les masses populaires. La restauration s’est faite contre les masses. Ils ont été obligés de s’affirmer comme partisans du capitalisme (“économie sociale de marché”).
Alors qu’en URSS, les restaurateurs ont pu avancer sous le masque du socialisme, lors des “perestroïkas” de Khrouchtchev (1955-64) et de Gorbatchev (1985-91), jusqu’à ce que ça ne soit plus (économiquement) possible (1990). Ils ont pu s’appuyer sur les masses populaires, sous le masque de la “libéralisation” du socialisme. Cela n’a pas été possible en Chine.

Voyons maintenant quels sont ces grands apports théoriques politiques de Mao Zedong.

La ligne de masse

“Servir le Peuple”, “les masses font l’Histoire”, “le camp du peuple est notre camp”.

La ligne de masse, c’est affirmer que les masses populaires font l’histoire. C’est en permanence être relié aux masses, être dans les masses “comme un poisson dans l’eau”. Le révolutionnaire ne se pose pas en “Guide éclairé” des masses, avec sa “pensée géniale”. Ils doit les servir.
Baser toute sa réflexion et toutes ses actions sur un principe de base : servir le peuple, le camp du peuple est notre camp. “Ce que je pense, ce que je fais, est-ce au service du Peuple ?”

Il faut toujours partir des masses, de leurs expériences, de leurs aspirations, de leurs préoccupations.
Il faut ensuite synthétiser tout cela, et l’élever au niveau de la théorie scientifique, commencer à ébaucher des réponses, des solutions stratégiques concrètes également. C’est la “valeur ajoutée” du révolutionnaire (par rapport au simple “travailleur social”, “caritatif”…).

Ensuite, il faut revenir aux masses : la théorie, la stratégie élaborée ne se vérifie que dans la pratique.
Pratique-théorie-pratique : telle est la base de l’activité révolutionnaire maoïste.

Il faut rejeter absolument les pratiques petites-bourgeoises élitistes, aristocratiques, “j’ai tout compris”, “je détiens la Vérité”, les gens sont des boeufs (ou des beaufs) qui n’ont rien compris, à “éduquer politiquement”…
Il faut rejeter l’activité élitiste purement théorique : “j’ai tout compris” parce que je suis capable de citer Marx, Lénine ou Mao (et d’autres encore) par coeur : rejeter la culture du livre.

Les aspirations des masses populaires ne sont pas toujours (même rarement) claires. Elles s’expriment parfois (même souvent) de manière erronée : réformiste, voire réactionnaire, religieuse etc.
Elles sont marquées par la domination culturelle de la bourgeoisie, en l’absence, faute de travail des révolutionnaires, de conscience politique de classe du peuple lambda.

Mais elles contiennent toujours une part de vérité, elles posent toujours de VRAIES questions, des problématiques réelles qu’il faut savoir identifier.

Il faut dégager ces “impuretés”, pour extraire les problématiques justes, et les éléments de réponse justes apportées par les masses.

Le Peuple n’a pas la “vérité absolue”, qui “sort de sa bouche” (un tel raisonnement conduit au populisme), car il est victime de la culture (ou de l’inculture !) que lui impose la domination bourgeoise.
Mais il voit toujours juste au fond – il suffit de creuser !

UN individu peut être “perdu”, irrécupérable, rongé par la culture réactionnaire dominante, mais jamais 10.000 individus en même temps… Si l’on “creuse” avec le plus grand nombre possible, les idées justes finissent toujours par sortir !

En résumé, considérer que “le peuple a toujours raison” (vox populi vox dei) alors qu’il subit la domination culturelle et des valeurs de la bourgeoisie, la “tradition” réactionnaire, conduit au populisme ; mépriser le peuple, considérer qu’il ne comprend rien et qu’il faut lui apporter la “lumière”, conduit à l’élitisme.

L’un comme l’autre conduit à la réaction, voire au fascisme.

Le camp réactionnaire est rempli de gens partis “à la conquête” des larges masses avec une ou l’autre de ces conceptions. Bien sûr, il est difficile de combattre l’une sans tomber dans l’autre : c’est justement ce qui fait les grands révolutionnaires que d’y parvenir !

En explosant dans les années 70, face aux difficultés du réel, le mouvement maoïste (très petit-bourgeois) est tombé soit dans l’un soit dans l’autre, presque sans exception…

La ligne de masse s’exprime et s’applique dans deux autres grandes théories du maoïsme : la lutte de lignes au sein du Parti, et la continuation de la lutte des classes sous le socialisme.

La lutte de lignes : Mao ne considère pas le Parti comme un “bloc” monolithique, sans contradictions internes, où le seul problème serait des “traîtres”, des “agents infiltrés” de l’ennemi… Considérer cela, pour Mao, c’est aller droit à l’échec, à la défaite de la ligne révolutionnaire, à la transformation du Parti révolutionnaire en son contraire : un parti réactionnaire.

Selon la théorie maoïste, l’influence des différentes classes de la société s’exprime à l’intérieur du Parti (indépendamment de l’origine de classe d’un tel ou un tel !) avant la révolution, et même après la révolution, lorsque les classes exploiteuses ont été déchues de leur Pouvoir, lorsque la petite-bourgeoisie et la paysannerie ont en grande partie rejoint le prolétariat : en effet, leur empreinte de classe, l’empreinte idéologique de leurs conceptions et de leurs valeurs persiste dans la société et pénètre le Parti (qui n’est pas “en dehors” de la société).

Ce n’est pas un problème de “traîtres” et “d’agents infiltrés” : c’est absolument naturel, dialectique, matérialiste !
(Ce n’est pas, non plus, un “droit de tendance” trotskiste… On ne considère pas que les lignes “ont le droit” d’exister, mais qu’elles existent de fait, et que la ligne révolutionnaire doit combattre les autres lignes.)

Indépendamment, on l’a dit, de l’origine de classe individuelle (Mao était d’origine plutôt petite-bourgeoise, Lénine aussi, alors que Khrouchtchev et Brejnev étaient de milieu ouvrier !), chaque ligne qui s’exprime dans le Parti révèle une influence de classe.

La ligne de droite (opportuniste, réformiste, conciliatrice) représente clairement l’empreinte de la culture et des conceptions bourgeoises.
Le “centre” représente l’empreinte de classe de la petite-bourgeoisie, ou des professions intellectuelles.

Les “gauchistes” représentent les conceptions (et souvent, aussi, les individus) de la petite-bourgeoisie déclassée, souvent intellectuelle, précarisée et radicalisée politiquement, mais qui garde les traits de la pensée petite-bourgeoise : élitisme, idéalisme “puriste”, intellectualisme (culture du livre), individualisme, irresponsabilité (tendance à l’aventurisme). Un grand “radicalisme”, une volonté brûlante d’en “découdre”, mais au fond une aspiration petite-bourgeoise à “retrouver son importance” au dessus des masses, voire à les “guider”, “être un leader”, un “grand révolutionnaire”. Le gauchisme est connu pour produire les plus spectaculaires retournement réactionnaires…

Enfin, il y a la ligne de “gauche” : la ligne rouge, révolutionnaire, prolétarienne. La seule qui soit l’expression des conceptions du prolétariat.

Car c’est bien en terme de conceptions de classe qu’il faut raisonner, pas en terme de “droite” ou de “gauche”. Les gauchistes ne sont pas “trop à gauche”, “pas assez raisonnables”… Ils sont l’expression de conceptions non prolétariennes, petites-bourgeoises : ils sont à droite !

Pour assurer la victoire de la révolution, non seulement avant mais après (pendant des décennies !), il faut lutter dans le Parti (et dans la société !) pour imposer la ligne révolutionnaire prolétarienne.

Cette lutte consiste, en permanence, à renforcer la gauche, gagner le centre, et isoler la droite (et les gauchistes).

De la même façon, Mao considère (mais déjà Staline avant lui, Lénine est quant à lui mort trop tôt) que la lutte des classes ne se termine pas avec la prise de Pouvoir révolutionnaire, ni avec l’écrasement militaire des forces réactionnaires, ni avec l’expropriation socialiste des classes exploiteuses…

D’une part, les anciennes classe exploiteuses, même privées de leur pouvoir politique et économique, subsistent en tant qu’individus avec leurs conceptions (par exemple, même privées de leurs droits féodaux, l’aristocratie et l’Église ont joué un grand rôle réactionnaire en France, jusqu’au début du 20e siècle…). Et dans les conditions d’encerclement capitaliste de la révolution, elles ont l’appui de la réaction extérieure.

D’autre part, leur empreinte, leurs conceptions, leurs valeurs, les traces de leur domination culturelle persistent dans la société, bien après la liquidation de leur Pouvoir.
Tous les ex-bourgeois et petits-bourgeois ne sont pas des contre-révolutionnaires actifs certes… Mais aussi, tous les contre-révolutionnaires ne sont pas d’ex-bourgeois et petits-bourgeois !

Il faut donc poursuivre longtemps la lutte, physiquement si nécessaire (justice révolutionnaire) mais surtout idéologiquement et culturellement : écraser les conceptions idéologiques et culturelles bourgeoises et petites-bourgeoises, qui sont autant de failles, de portes ouvertes à la restauration capitaliste (la répression toute seule ne sert à rien).

La lutte de lignes au sein du Parti et la continuation de la lutte des classes sous le socialisme, convergent dans la Révolution Culturelle.

Staline a vu la nécessité, mais n’a pas lutté correctement contre les résidus et surtout les résidus de conceptions bourgeoises et petites-bourgeoises.
Il a nié l’existence de lignes dans le Parti (au profit des “traîtres”, des “agents trotskistes” et “étrangers”) et même, en 1935, l’existence de classes en URSS (ne voyant que l’aspect économique : il n’y avait plus de propriétaires privés de moyens de productions, mais pas l’aspect idéologique et culturel, et son influence au sein même du Parti).

La révolution ininterrompue

Une autre manipulation anti-maoïste, consiste à faire de Mao un “trotskiste”, en confondant volontairement la théorie de la révolution ininterrompue et la “révolution permanente” de Trotsky (ainsi que la lutte de lignes dans le Parti et le “droit de tendance”).

Pourtant, elle est tout le contraire ! La théorie de la révolution ininterrompue est, en fait, le développement de la théorie de Lénine, théorie combattue précisément par Trotsky.

Lénine a construit le marxisme-léninisme en affirmant, contre les réformistes (mencheviks) russes, que la révolution prolétarienne, et la construction du socialisme, étaient possibles en Russie.

Pour les mencheviks, ça n’était pas possible, la Russie était un pays arriéré et il fallait d’abord soutenir une révolution bourgeoise, démocratique, avant d’envisager une révolution socialiste, possible seulement dans un pays capitaliste développé, industrialisé.

Pour Lénine, au contraire, dans les pays arriérés et encore marqués par la féodalité, le Parti communiste du prolétariat peut prendre le pouvoir, assurer les tâches de la révolution démocratique bourgeois (détruire la féodalité, l’oligarchie, démocratiser la société) avant de passer, sans interruption, à la construction du socialisme.

La “révolution permanente” de Trotsky, c’est justement l’opposé de cette thèse : c’est une thèse menchevique, selon laquelle la révolution dans un pays arriéré et isolé ne peut que dégénérer (en “bureaucratie”) si elle ne s’étend pas très vite à d’autres pays, surtout aux pays industrialisés. La possibilité de la construction du socialisme dans un seul pays est également niée.

Pour assurer les tâches de la révolution, la classe ouvrière doit selon Lénine s’allier à la paysannerie pauvre (voire à une certaine petite-bourgeoisie pauvre), aux conditions de vie proches. Trotsky rejette catégoriquement cette alliance : il nie ou, en tout cas, minimise totalement la force révolutionnaire de la paysannerie (et ne veut pas entendre parler, pour les pays dominés, de petite et moyenne-bourgeoisie nationale anti-impérialiste). Ces thèses fondamentales se retrouvent dans le trotskisme “orthodoxe” d’aujourd’hui (elles se sont atténuées dans le trotskisme plus “léniniste” qui fut celui de la LCR).

Ainsi, comme l’a parfaitement expliqué Joseph Staline dans ses Principes du léninisme, la lutte contre la théorie de la “révolution permanente” ne remet nullement en question le fait que la révolution ne soit pas “un acte unique, mais une époque de commotions politiques et économiques orageuses, de luttes de classe très aiguës, de guerre civile, de révolution et de contre-révolution” (Lénine, Du mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe) ; et qu’elle soit, dans le cadre d’un pays arriéré et encore féodalisé, un processus ininterrompu de la révolution démocratique “de nouveau type” vers le socialisme. Ce qui est combattu, c’est 1°/ la “révolution permanente” comme négation (ou sous-estimation) du rôle de la paysannerie et 2°/ la négation de la possible victoire du socialisme dans un seul pays, surtout arriéré, même s’il est immense comme l’URSS ou la Chine. Deux thèses, on le voit bien, à l’opposé complet du maoïsme…

Simplement, pour Lénine, cette théorie ne s’appliquait qu’aux pays arriérés (comme la Russie, ou l’Espagne) marqués par la féodalité, mais pas aux pays colonisés et semi-colonisés (“protectorats”, “pays sous influence”). Dans ces pays là, il avait tendance à penser que les communistes devaient soutenir la révolution bourgeoise contre la domination impérialiste, en défendant au sein de celle-ci les intérêts spécifiques du prolétariat…

Le grand apport de Mao, c’est d’avoir démontré que la théorie de Lénine était applicable aux pays colonisés et semi-coloniaux (après que les forces de la “révolution bourgeoise” en question, le Kuomintang, se soient ralliées à l’impérialisme en écrasant les communistes).

Démontrer qu’il était possible pour le Parti du prolétariat, allié aux masses paysannes, de prendre le pouvoir et d’assurer les tâches de la libération nationale et de la révolution bourgeoise anti-féodale, puis d’avancer de manière ininterrompue vers la construction du socialisme – après avoir suffisamment développé les forces productives.
Facile, certainement pas, mais possible !

C’est ce que l’on appelle la révolution de Nouvelle Démocratie (on parle parfois de révolution national-démocratique – comme le PC des Philippines par exemple).

Il va de soi, que les trotskistes s’opposent farouchement à cette théorie (alliance avec les masses paysannes, la petite-bourgeoisie et la bourgeoisie nationale patriotique-progressiste), et en bons anti-léninistes, refusent également tout soutien au mouvement national bourgeois… (nous verrons plus loin que celui-ci a ses défauts…)

L’apport de la révolution ininterrompue, de la possibilité de la révolution prolétarienne dans les pays dominés, Mao va également le développer dans sa stratégie de la révolution mondiale.

Lénine avait en effet, dès le milieu des années 1910, distingué 3 grandes contradictions à l’échelle mondiale :
– la contradiction bourgeoisie/prolétariat, Capital/Travail, bien sûr : la contradiction centrale du capitalisme,
– la contradiction, dans le cadre de l’impérialisme, entre impérialisme et nations opprimées,
– les contradictions inter-impérialistes : comme l’a bien montré Lénine, le partage du monde étant terminé, la lutte pour le repartage des marchés, des ressources (matières premières, main d’oeuvre etc.) entre les monopoles et les groupes de monopoles, et les États qui les représentent (bras armé) est la constante de notre époque. [Ceci est récapitulé par Staline dans Principes du léninisme]

Ces 3 contradictions sont en général mêlées, et il faut les démêler pour essayer de déterminer laquelle est la principale.

Mais Mao a tendance à considérer, qu’à notre époque la contradiction impérialisme/pays dominés est devenue la principale. Dans les pays impérialistes, les bénéfices de l’exploitation des 3/4 de l’humanité permettent “d’atténuer” la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat (“démocratie sociale”, “niveau de vie”, “consommation”) et les forces révolutionnaires piétinent.
Dans les pays dominés, la domination impérialiste a tendance à gommer la contradiction masses populaires / bourgeoisie nationale, qui ont dans l’immédiat un même objectif : chasser l’impérialisme.

Quelque part, on peut dire que cette analyse est une première tendance à l’universalisation de la Guerre Populaire chez Mao, dans la mesure ou cette analyse revient à une théorie d’encerclement du centre (les pays impérialistes, développés) par la périphérie (les nations opprimées).

La théorie de la révolution ininterrompue, a aussi permis de mettre à jour la nature réelle de la bourgeoisie nationale, qu’on avait déjà pu voir avec le Kuomintang – ou avec le kémalisme (Mustafa Kemal Atatürk) en Turquie.

La bourgeoisie nationale est, en effet, une classe instable, un peu l’équivalent de la petite-bourgeoisie dans nos pays impérialistes. Elle lutte contre la domination impérialiste (comme la petite-bourgeoisie combat les monopoles), mais dans les conditions de l’impérialisme, son projet de “capitalisme national” ne peut pas aboutir (comme dans les conditions du monopolisme, la république démocratique “idéale” des petits-bourgeois ne peut pas aboutir).

Donc, elle peut se rallier à la cause du Peuple mais aussi, souvent, finir par se tourner à nouveau vers l’impérialisme (par exemple, un impérialisme rival de celui qu’elle a combattu – ou le même, à de “nouvelles conditions”…).
Si on lui laisse la direction de la libération nationale anti-impérialiste, c’est ce qui a 9 chances sur 10 d’arriver.

C’est ce qu’on a vu, ces 60 dernières années, un peu partout : “nationalistes” arabes, révolution (islamique national-bourgeoise) iranienne, innombrables “progressismes” latino-américains (MNR de Bolivie, péronisme etc.), le grand “anti-impérialiste” Kadhafi, etc. etc…

Sans rapport de force suffisant établi par les masses populaires, c’est quasi systématique. Mais en cas de rapport de force trop important (ou d’existence d’un camp socialiste !), la bourgeoisie nationale peut aussi prendre peur, rejeter la révolution démocratique et se tourner vers la réaction impérialiste (comme le Kuomintang).
C’est une stratégie extrêmement complexe. La révolution de Nouvelle Démocratie, conduite par “l’alliance des 4 classes” (prolétariat, paysannerie, petite-bourgeoisie et bourgeoisie nationale patriotique-progressiste) sous la direction du prolétariat, est au contraire simple, comporte beaucoup moins de risques… Mais il faut que le rapport de force la rende possible.

Lorsque les forces populaires, révolutionnaires, sont trop faibles, il faut être léninistes : soutenir tactiquement le mouvement national bourgeois, comme jouant un rôle progressiste en affaiblissant l’impérialisme (et parfois, lorsque cette bourgeoisie est progressiste, en ouvrant des perspectives aux masses populaires). Mais il faut savoir retirer ce soutien, dès que le mouvement national bourgeois cesse de faire partie de la solution, pour devenir une partie du problème.

Mais partout où les forces populaires révolutionnaires sont suffisantes (en nombre et en conscience), il faut soutenir la révolution de Nouvelle Démocratie sous la direction des masses et du prolétariat, soutenir la GUERRE POPULAIRE.

La Guerre Populaire prolongée (GPP)

“On a raison de se révolter”, “la révolution n’est pas un dîner de gala”, “la victoire est au bout du fusil”.

C’est réellement le grand apport théorique de Mao, à la stratégie de la lutte de classe et de prise révolutionnaire du pouvoir.

La GPP n’est pas la caricature qu’en font les anti-maoïstes : prendre un fusil et partir faire la guérilla dans les bois, encercler les villes par les campagnes josé-bovistes …

Cette conception de la Guerre Populaire, est évidemment la conception adaptée aux pays arriérés, semi-féodaux et coloniaux / semi-coloniaux (ou néo-coloniaux), où la société rurale est largement dominante. Comme la Chine des années 30-40, l’Inde, les Philippines, la plus grande partie de l’Amérique latine aujourd’hui…

Il faut le dire : Mao lui-même, au départ, a développé cette conception de la lutte révolutionnaire comme adaptée à la Chine de l’époque. Il n’a jamais affirmé son universalité.
Mais par la suite, de nombreux maoïstes ont développé la théorie de la GPP comme universelle : les maoïstes turcs avec Ibrahim Kaypakkaya, Gonzalo au Pérou, les militants révolutionnaires allemands ou italiens des années 70-80, les révolutionnaires basques, et aujourd’hui le (n)PCI avec leur théorie de la Guerre Populaire Révolutionnaire de Longue Durée (GPRLD).

En réalité, la valeur universelle de la Guerre Populaire prolongée est de considérer la lutte de classe du prolétariat (et de ses alliés des classes populaires), pour la Révolution, comme une guerre de tranchée, un long bras de fer avec la classe dominante – en l’occurence, la bourgeoisie.

Et non pas comme une “guerre éclair” : le prolétariat ne peut pas vaincre le Pouvoir Bourgeois réactionnaire (gouvernemental-administratif et patronnal) sur ce terrain-là, car celui-ci, même en grande difficulté, reste solide, tient les leviers de la répression mais aussi de la propagande, et de “l’apprivoisement” : les “balles enrobées de sucre” des “concessions” et de la démagogie.

Ce “bras de fer”, schématiquement, se décompose en 3 étapes :

-> la défense stratégique : c’est la phase où la domination bourgeoise (politique, économique et culturelle) s’exerce puissamment sur les classes populaires, dans tous les domaines, où les forces révolutionnaires, armées de la théorie scientifique marxiste, sont peu nombreuses et isolées.
C’est la phase ou le mot d’ordre est “on a raison de se révolter”, “là où il y a oppression, il y a résistance” : la résistance, la révolte, la lutte forge la conscience révolutionnaire de classe.
Le travail des révolutionnaires communistes, est de participer activement à cette élévation de la conscience politique, de l’organiser et de l’armer avec une ligne politique et stratégique correcte – qui se définit elle-même, on l’a vu, en grande partie dans la lutte… mais nous avons aussi la chance de pouvoir nous appuyer sur 150 ans d’expérience révolutionnaire du prolétariat !

-> l’équilibre stratégique est obtenu par l’effet conjoint de la révolte du peuple (armée de la théorie révolutionnaire et organisée par l’avant-garde la plus consciente, le Parti) et de la crise du Pouvoir Bourgeois – qui porte en lui la crise et sa propre faillite.
A ce stade, les forces révolutionnaires et les forces réactionnaires sont à égalité. Des zones géographiques entières, des pans entiers de la société, les Bases Rouges, échappent au pouvoir bourgeois de plus en plus paralysé. Dans ces bases, le Pouvoir Populaire se met en place : on est en situation de double pouvoir.
C’est la situation de la Russie juste avant la Révolution d’Octobre, de la Chine en 1946, mais aussi de la France et de l’Italie (en tout cas le Nord) à la Libération (1944-45).
Les révolutionnaires disposent à ce stade d’une force armée puissante, capable de défendre les Bases Rouges mais surtout de passer très vite à :

-> l’offensive stratégique : c’est la lutte finale, l’assaut massif qui mène à la prise du Pouvoir, puis de là à l’écrasement des forces réactionnaires. Lorsqu’on est à l’équilibre stratégique, il est important de passer très rapidement à l’offensive.

C’est ce que n’ont pas fait le PCF et le PC italien à la Libération, préférant déposer les armes et se lancer dans la politique parlementaire bourgeoise : ils ont été alors renvoyés à la défense stratégique – puis à l’institutionnalisation, à la social-démocratisation etc. (On invoque parfois la “trahison” de Staline à Yalta, mais l’URSS était saignée à blanc par la guerre et il était normal qu’elle fasse des concessions aux Alliés… Et qu’elle compte sur les communistes français et italiens ! Les Grecs ont répondu à l’appel, mais ont été victimes de la trahison de Tito.)
C’est ce que n’ont pas fait les FARC de Colombie, au milieu des années 80, préférant fonder un parti électoraliste (l’Union Patriotique) qui sera exterminé par la Réaction (3.000 assassinés). Et encore aux début des années 2000, lorsqu’elles contrôlaient la “zone démilitarisée” de Cagùan (grande comme 7 départements français !) : elles ont préféré “négocier” une “solution politique”… Ouvrant la voie à l’offensive réactionnaire d’Uribe.

Lorsqu’un mouvement, armé, vise uniquement l’équilibre stratégique, pour “imposer” des “réformes” au Pouvoir Bourgeois, “négocier une solution politique” ou se lancer dans la politique bourgeoise, parlementaire ou “protestataire”, on parle de réformisme armé. C’est le cas du MRTA au Pérou, qui n’a jamais dépassé le stade de la défense stratégique (voire de la minorité agissante) et a été écrasé à la fin des années 90. Ou de l’EZLN (zapatistes) au Mexique. Et c’est un gros problème des FARC…

Il est important de souligner à ce sujet, contre une autre caricature anti-maoïste, que la Guerre Populaire ce n’est pas la violence pour la violence, la clandestinité pour la clandestinité et autres fantasmes de petit-bourgeois “warrior”.
La violence et l’illégalité ne tiennent pas lieu de ligne politique correcte, ni de travail révolutionnaire de masse (militarisme gauchiste).
La politique commande au fusil : sans ligne politique correcte, sans travail révolutionnaire dans les masses, relié à leurs aspirations et à leurs problèmes, la violence finit toujours dans l’impasse, la “propagande par le fait”, les “minorités agissantes” (groupes communistes “combattants” d’Europe, dans les années 70-80. Et encore, ils méritent au moins un certain respect pour avoir pris des risques. Beaucoup de “warriors” le restent purement en paroles…).

La valeur universelle de la GPP, c’est surtout de s’opposer à la “théorie insurrectionnelle” (“guerre éclair”, “Grand Soir”, accumulation de forces – insurrection), d’en dénoncer les failles et les échecs programmés.

La stratégie insurrectionnelle, c’est celle qui cite la Révolution russe d’Octobre 1917 en exemple. Mais il s’agissait là d’une situation assez exceptionnelle : un pouvoir anachronique (une monarchie absolue comme au 18e siècle !) qui face à la première guerre totale de l’ère impérialiste, s’est retrouvé complètement dépassée, inadapté, et profondément impopulaire.
Les choses sont donc allée relativement vite. Mais relativement seulement. Les révolutionnaires ont d’abord dû lutter 8 mois, après le renversement du Tsar en Février, contre un “gouvernement de sauvetage” réformiste qui tentait en fait de mener une révolution bourgeoise, ou une simple “modernisation” de l’ordre existant… Cette lutte fut plus dure et plus sanglante que le renversement du Tsar lui même.
Et après la Révolution d’Octobre, les forces contre-révolutionnaires (dont 14 armées étrangères !) n’ont été écrasées qu’en 1921. Jusqu’en 1919 au moins, voire 1920, le Pouvoir Rouge a failli à chaque instant finir comme la Commune de Paris.
Il a triomphé au terme d’une longue et terrible lutte menée par l’Armée Rouge du Peuple.

Cela devrait suffir à balayer toutes les théories du Grand Soir, de la Révolution comme une “guerre éclair”, pour ne pas dire un “dîner de gala”…

Les “insurrectionnels” considèrent, au fond, que la Révolution est un dîner de gala. Que pour la faire, il faut que “les conditions soient mûres”, c’est à dire, pratiquement, que le “système” s’effondre de lui-même, que le Pouvoir ne soit “pas à prendre, mais à ramasser”.
Cela n’est bien sûr jamais le cas, et comme on l’a vu, même si ça arrive exceptionnellement, la classe dominante se ressaisit très vite et mène une guerre contre-révolutionnaire sans pitié (comme en Russie).
C’est donc ce que nous rabachent en permanence nos anarcho-syndicalistes et syndicalistes révolutionnaires trotskystes : les “conditions objectives ne sont pas prêtes”, “il est trop tôt”… Et en attendant on fait quoi ? On accumule des forces, monsieur !

Et on s’enferme dans une pratique réformiste, syndicaliste, “militant-tant-tante”, contestataire et pétitionnaire, qui finit par devenir un but en soi.

[Parfois aussi, la stratégie insurrectionnelle conduit à des aventures suicidaires, des soulèvements improvisés réprimés dans le sang, mais c’est de plus en plus rare. L’expérience historique a rendu nos théoriciens du “Grand Soir” du genre prudent…]

Jamais il ne leur vient à l’esprit que ces conditions “mûres”, les révolutionnaires peuvent contribuer à les créer, même si parfois, bien sûr, la “bonne santé” de l’économie capitaliste est plus forte, comme dans les années 60-70.
Les créer, par l’éducation politique de masse, en élevant la conscience révolutionnaire du Peuple exploité, en démasquant au quotidien les impostures de la “démocratie” et du “confort” capitaliste (rien qu’en rappelant que ceux-ci reposent sur l’exploitation sauvage des 3/4 de l’humanité, et que même ici il y a toujours des “exclus” du rêve capitaliste !).

Or, en se posant dans une pratique “syndicaliste” (pour les droits sociaux, les salaires, les conditions de travail) ou “pétitionnaire” (pour les droits démocratiques), on se place dans une position de mendiant vis à vis du Pouvoir Bourgeois. Et on le renforce, car on le “crédibilise” aux yeux des masses : “on ne mord pas la main qui nous nourrit”…
Même lorsque la Révolution n’est objectivement pas possible, et qu’il faut se contenter de “conquêtes” démocratiques et sociales, il faut toujours pousser le rapport de force au maximum, arracher plus que ce que le Pouvoir Bourgeois est prêt à accorder par simple bonté d’âme.

Bien sûr, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Il faut pour cela un gros travail d’organisation des masses en lutte, mais pas seulement. Une “armée”, même la mieux organisée qui soit, n’est rien sans le “moral des troupes”.
Et le “moral des troupes”, dans la guerre de classe, c’est la conscience politique révolutionnaire du Peuple, sans laquelle aux premières “concessions” de la bourgeoisie (ou face à la répression, ou au “pourrissement” joué par la classe dominante) les troupes se démobilisent, s’éparpillent, rentrent dans leurs chaumières. Comme à chaque “mouvement” social (grèves), étudiant (comme le CPE) ou “citoyen” (comme contre la “Constitution” européenne) de ces dernières années.

Il faut, en travaillant dans chaque lutte à éveiller et à élever la conscience politique de classe, assurer la mobilisation la plus solide, la plus durable et combattive possible, pour pousser la bourgeoisie dans ses retranchements – et un jour, la renverser ! Il faut mettre la politique au poste de commandement.

C’est précisément ce que ne font pas nos syndicats et nos militants “d’extrême-gauche”, “anti-libéraux”, trotskystes et anarchistes d’aujourd’hui, avec leurs mots d’ordres “minimums” qui se veulent “rassembleurs”.

Leur pratique est, de fait, réformiste, “mendiante”, et c’est le résultat de la théorie insurrectionnelle du “Grand Soir”.

La théorie de la Guerre Populaire, c’est déjà, simplement, rappeler l’importance du travail politique révolutionnaire de masse, de la création des conditions révolutionnaires subjectives (dans la tête des gens !), l’importance du rapport de force, de la lutte – bras de fer avec ses avancées et ses reculs, qui forgent la conscience révolutionnaire de classe.

Contre les appels au “Grand Soir” en parole, et en pratique, les mots d’ordre platement économiques (des sous !), syndicalistes, “d’agitation” contestataire – syndicale ou associative.

C’est rappeler que la conscience révolutionnaire et la combattivité du Peuple se forge dans la lutte, la résistance et la révolte au quotidien contre l’oppression, l’exploitation, l’injustice. La ligne politique juste naît de l’expérience des résistances et des luttes, de leurs réussites et de leurs échecs.

Pour enfin, un jour, poser en masse la QUESTION DU POUVOIR (qui doit gouverner ? le Peuple !) – et non plus les éternels “mots d’ordre” revendicatifs.


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