Passages extraits du livre Un autre regard sur Staline de Ludo Martens, pp. 32-39.)

Si Trotski avait connu sa brève heure de gloire en 1919, au cours de la guerre civile, il est incontestable qu’en 1921-1923 Staline était la deuxième personnalité du Parti, après Lénine.

Depuis le Huitième Congrès en 1919, Staline était membre du bureau politique, à côté de Lénine, Kaménev, Trotski et Krestinsky. Cette composition resta inchangée jusqu’en 1921. Staline fut également membre du bureau d’organisation, composé lui aussi de cinq membres du Comité central. (Ian Grey, Stalin, Man of History, Abacus, Sphere Books Ltd, 1982, Great Britain, p. 151.) Lorsqu’au Onzième Congrès, en 1922, Préobrajenski critiqua le fait que Staline dirigeât le Commissariat aux nationalités ainsi que l’Inspection ouvrière et paysanne (chargée de contrôler tout l’appareil d’Etat), Lénine lui répondit :

« Il nous faut un homme que n’importe quel représentant des nationalités puisse aller trouver pour lui raconter en détail ce qui se passe. Préobrazenski ne pourrait pas proposer une autre candidature que celle de Staline. Il en va de même pour l’Inspection ouvrière et paysanne. C’est un travail gigantesque. Il faut qu’il y ait à la tête un homme qui a de l’autorité, sinon nous allons nous embourber. » (Lénine, Oeuvres, Tome XXXIII, Moscou, 1963, pp.320-321.)

Le 23 avril 1922, sur proposition de Lénine, Staline fut aussi nommé à la tête du secrétariat comme secrétaire général. (Grey, op.cit., p.159.) Staline fut la seule personne à faire partie du Comité central, du bureau politique, du bureau organisationnel et du secrétariat du Parti bolchevik.

Lénine avait subi une première attaque de paralysie en mai 1922. Le 16 décembre 1922, il eut une nouvelle attaque grave. Les médecins savaient qu’il ne s’en remettrait plus. Le 24 décembre, les médecins dirent à Staline, Kaménev et Boukharine, les représentants du bureau politique, que toute controverse politique pouvait provoquer une nouvelle attaque, fatale cette fois. Ils décidèrent que Lénine « a le droit de dicter chaque jour pendant cinq à dix minutes. Il ne peut pas recevoir de visiteurs politiques. Ses amis et ceux qui l’entourent ne peuvent pas l’informer des affaires politiques ». (Ibidem, p.171.) Le bureau politique avait chargé Staline des relations avec Lénine et avec les médecins. C’était une tâche ingrate puisque Lénine ne pouvait pas ne pas se sentir frustré au plus haut point en raison de sa paralysie et de son éloignement des affaires politiques. Son irritation devait nécessairement se tourner contre l’homme chargé de la liaison avec lui. Ian Grey écrit :

« Le journal que les secrétaires de Lénine ont tenu du 21 novembre 1922 au 6 mars 1923 contient jour après jour les détails de son travail, de ses visites, de sa santé et, après le 13 décembre, il contient ses moindres actions. Lénine, la jambe et le bras droits paralysés, devait alors rester au lit, coupé des affaires gouvernementales et, en fait, du monde extérieur. Les médecins interdisaient qu’on le dérange. Incapable de renoncer aux habitudes du pouvoir, Lénine se battait pour obtenir les dossiers qu’il vou­lait. Il s’appuyait sur sa femme, Kroupskaïa, sa soeur, Maria Ilyichna et trois ou quatre secrétaires. » (Ibidem, p. 172.)

Habitué à diriger tous les aspects essentiels de la vie du Parti et de l’Etat, Lénine tenta désespérément d’intervenir dans les débats dont, physiquement, il ne pouvait plus maîtriser tous les éléments. Les médecins lui interdirent tout travail politique, ce qui l’agaçait fortement. Sentant sa fin proche, Lénine chercha à régler des questions qu’il jugeait essentielles mais qu’il ne maîtrisait plus. Le bureau politique lui interdisait tout travail politique stressant, mais sa femme s’efforçait de lui procurer les documents qu’il demandait. Tout médecin ayant connu de telles situations dira que des conflits psychologiques et personnels pénibles étaient inévitables. Vers la fin de décembre 1922, Kroupskaïa avait écrit une lettre que Lénine lui avait dictée. Staline l’en réprimanda par téléphone. Elle se plaignit auprès de Lénine et de Kaménev. « Je sais mieux que les médecins ce qu’on peut dire et ne pas dire à Ilyich, parce que je sais ce qui le dérange et ce qui ne le dérange pas et de toute façon, je sais cela mieux que Staline. » (Ibidem, p. 173.) A propos de cette période, Trotski écrit :

« Au milieu de décembre 1922, la santé de Lénine empira de nouveau. Staline agit immédiatement pour tirer profit de la situation en cachant à Lénine une grande partie des informations centralisées au secrétariat du Parti. Il s’efforçait de l’isoler. Kroupskaïa faisait tout ce qu’elle pouvait pour défendre le malade contre ces manoeuvres hostiles. » (Trotski, Ma vie, Gallimard, Livre de Poche, 1966, p. 260.)

Ce sont des paroles inqualifiables, dignes d’un intrigant. Les médecins avaient défendu que Lénine reçoive des rapports, et voilà que Trotski accuse Staline de procéder à des « manoeuvres hostiles » contre Lénine et de lui « cacher des informations » ! C’est dans ces circonstances que, du 23 au 25 décembre 1922, a été dicté ce que les ennemis du communisme appellent « le testament de Lénine ». Ces notes sont suivies d’un post-scriptum daté du 5 janvier 1923. Les auteurs bourgeois font grand cas de ce prétendu « testament » de Lénine dont le but aurait été d’éliminer Staline en faveur de Trotski. Henri Bernard, professeur émérite de l’Ecole royale militaire, écrit :

« Trotski devait normalement succéder à Lénine. Lénine pensait à lui comme successeur. Il trouvait Staline trop brutal. » (Henri Bernard, Le communisme et l’aveuglement occidental, Ed. Grisard, Soumagne, Belgique, 1982, p.48.)

Le trotskiste américain Max Eastman publia en 1925 le « testament » accompagné de propos élogieux à l’adresse de Trotski. A cette époque, Trotski se vit obligé de publier une mise au point dans la revue Bolchevik où il dit :

« Eastman affirme que le Comité central a caché le prétendu ‘Testament’ au Parti ; on ne peut appeler cela autrement qu’une calomnie contre le Comité central de notre Parti.(…) Vladimir Ilyitch n’a laissé aucun ‘testament’ et le caractère même de ses rapports avec le Parti, ainsi que le caractère du Parti lui-même exclut toute idée de ‘testament’. Généralement, la presse des émigrés et la presse étrangère bourgeoise et menchevique désignent sous ce nom, en la déformant au point de la rendre méconnaissable, une des lettres de Vladimir Ilyitch qui contient des conseils d’ordre organisationnel. Le XIIIe Congrès du Parti l’a traitée avec la plus grande attention. Tout le bavardage selon lequel on a caché ou rejeté un ‘Testament’ sont des inventions malveillantes. » (Staline, Werke 10, Rede 23 Oktober 1927, Dietz-Verlag, 1950, p.152. Voir aussi : Gérard Walter, Lénine, éd. Albin Michel, 1971, p.472.)

Quelques années plus tard, ce même Trotski, dans son autobiographie, poussera des cris d’indignation à propos du « Testament de Lénine que l’on cache au Parti » ! (Trotski, Ma vie, op.cit., p.54.)

Venons-en à ces fameuses notes que Lénine dicta entre le 23 décembre 1922 et le 5 janvier 1923. Lénine propose d’élargir le Comité central « à une centaine de membres » :

« Ce serait nécessaire pour accroître l’autorité du Comité central et pour améliorer sérieusement notre appareil, ainsi que pour empêcher que les conflits de certains petits groupes du Comité central puissent prendre une trop grande importance. Notre Parti peut bien demander pour le Comité central 50 à 100 membres à la classe ouvrière. »

Il s’agit de « mesures à prendre contre la scission » :

« Le point essentiel dans le problème de la cohésion, c’est l’existence de membres du Comité central tels que Staline et Trotski. Les rapports entre eux constituent à mon sens le principal danger de cette scission. »

Voilà pour la partie « théorique ». Ce texte est d’une incohérence étonnante, manifestement dicté par un homme malade et diminué. En quoi cinquante à cent ouvriers, ajoutés au Comité central, pourraient-ils « accroître son autorité » ou diminuer le danger de scission ? Ne disant rien des conceptions politiques et des conceptions du Parti de Staline et de Trotski, Lénine affirme que ce sont les rapports personnels entre ces deux dirigeants qui menacent l’unité. Puis Lénine émet des « jugements » sur les cinq principaux dirigeants du Parti. Nous les citons presque intégralement.

« Le camarade Staline, devenu secrétaire général, a concentré entre ses mains un pouvoir démesuré, et je ne suis pas sûr qu’il puisse toujours s’en servir avec assez de circonspection.

D’autre part, le camarade Trotski, comme l’a déjà montré sa lutte contre le Comité central dans la question du Commissariat du peuple des voies de communication, ne se fait pas remarquer seulement par des capacités éminentes. Il est peut-être l’homme le plus capable de l’actuel Comité central, mais il pèche par excès d’assurance et par un engouement exagéré pour le côté purement administratif des choses.

Ces deux qualités des deux chefs éminents du Comité central actuel seraient capables d’amener incidemment la division.(…) Je me contenterai de rappeler que l’épisode d’octobre de Zinoviev et de Kaménev n’était assurément pas un fait accidentel, mais qu’il ne faut pas davantage leur imputer ce crime à titre personnel que le non-bolchévisme de Trotski.

Boukharine n’est pas seulement un théoricien de très haute valeur, parmi les plus marquants du Parti : il jouit à bon droit de l’affection du Parti tout entier. Cependant, ses vues théoriques ne peuvent être tenues pour parfaitement marxistes qu’avec la plus grande réserve, car il y a en lui quelque chose de scolastique (il n’a jamais étudié et, je le présume, n’a jamais compris entièrement la dialectique). »

Remarquons tout d’abord que le premier dirigeant à être nommé par Lénine est Staline, « cet empirique destiné à jouer des rôles de deuxième et de troisième ordre », comme le dit Trotski. (Ibidem, p.583.) Trotski dira encore :

« Le sens du Testament est la création de conditions qui m’auraient donné la possibilité de devenir remplaçant de Lénine, d’être son successeur. » (Ibidem, p.552.)

Or, rien de semblable ne figure dans ces brouillons de Lénine. Grey dit ajuste titre :

« Staline émerge dans la meilleure lumière. Il n’a rien fait pour salir son bilan politique. Le seul point d’interrogation est : pourra-t-il faire preuve d’un bon jugement dans l’exercice des larges pouvoirs concentrés dans ses mains ? » (Grey, op.cit., p.176.)

En ce qui concerne Trotski, Lénine note quatre défauts majeurs : il a des côtés fort mauvais, comme l’a montré sa lutte contre le Comité central dans l’affaire de la « militarisation des syndicats » ; il a une idée exagérée de lui-même ; il aborde les problèmes de façon bureaucratique et son non-bolchevisme n’est pas un fait accidentel. Sur Zinoviev et Kaménev, la seule chose que Lénine retient est que leur trahison au moment de l’insurrection n’était pas un hasard. Boukharine est un grand théoricien… dont les idées ne sont pas parfaitement marxistes, mais plutôt scolastiques et non dialectiques !

Lénine a dicté ces notes dans l’intention d’éviter une scission à la direction. Mais les propos qu’il tient à l’adresse des cinq dirigeants principaux semblent faits pour miner leur prestige et pour les brouiller entre eux. Lorsqu’il dicta ces lignes, « Lénine se sentait mal », écrit Fotieva, sa secrétaire, et « les médecins s’opposèrent aux entretiens de Lénine avec sa secrétaire et la sténographe ». (Fotieva, Souvenirs sur Lénine, Ed. Moscou, non daté, pp.152-153.)

Puis, dix jours plus tard, Lénine dicta un « complément » qui fait apparemment référence à la réprimande que Staline avait adressée à Kroupskaïa douze jours auparavant.

« Staline est trop brutal et ce défaut parfaitement tolérable dans notre milieu et dans les relations entre nous, communistes, ne l’est plus dans les fonctions de secrétaire général. Je propose donc aux camarades d’étudier un moyen pour démettre Staline de ce poste et pour nommer à sa place une autre personne qui n’aurait en toutes choses sur le camarade Staline qu’un seul avantage, celui d’être plus tolérant, plus loyal, plus poli et plus attentif envers les camarades, d’humeur moins capricieuse, etc. Ces traits peuvent sembler n’être qu’un infime détail. Mais, à mon sens, pour nous préserver de la scission et en tenant compte de ce que j’ai écrit plus haut sur les rapports de Staline et de Trotski, ce n’est pas un détail, ou bien c’en est un qui peut prendre une importance décisive. »

Gravement malade, à moitié paralysé, Lénine est de plus en plus dépendant de sa femme. Quelques mots trop rudes de Staline à Kroupskaïa l’amènent à demander la démission du secrétaire général. Pour le remplacer par qui ? Par un homme qui a toutes les qualités de Staline et « un seul avantage » en plus: être plus tolérant, poli et attentif ! Il ressort clairement du texte que Lénine ne pense surtout pas à Trotski. A qui alors ? A personne. La « brutalité » de Staline est « parfaitement tolérable entre communistes »… mais elle ne l’est pas « en sa fonction de secrétaire général ». Pourtant, à l’époque, le secrétaire général s’occupait essentiellement des questions d’organisation interne du parti !

En février 1923, « l’état de Lénine avait empiré, il souffrait de violents maux de tête. Le médecin lui avait catégoriquement défendu la lecture des journaux, les visites et les informations politiques. Vladimir Ilyitch demanda le compte rendu du Xe Congrès des Soviets. On ne le lui donna pas et cela le chagrina beaucoup ». (Ibidem, pp. 173-174.) Apparemment, Kroupskaïa essaya de se procurer les documents que Lénine demandait. Dimitrievsky rapporta un nouvel incident entre elle et Staline :

« Comme Kroupskaïa lui téléphonait une fois encore pour obtenir de lui quelque information, Staline lui répondit dans un langage outrageant. Kroupskaïa, tout en larmes, alla immédiatement se plaindre à Lénine. Celui-ci, dont les nerfs étaient déjà tendus au plus haut point, ne put se contenir plus longtemps. » (Trotski, Staline, Union Générale d’Editions, coll. 10-18, Paris, 1979, p.261.)

Le 5 mars, Lénine dicta une nouvelle note :

« Respecté camarade Staline. Vous avez eu la rudesse de convoquer ma femme au téléphone pour la réprimander. Je n’ai pas l’intention d’oublier aussi vite ce qui est fait contre moi, et inutile de souligner que je considère que ce qui est fait contre ma femme est fait aussi contre moi. Pour cette raison, je demande que vous pesiez sérieusement si vous acceptez de retirer ce que vous avez dit et de présenter vos excuses, où si vous préférez rompre les relations entre nous. Lénine. » (Grey, op.cit., p.179.)

Il est assez pénible de lire cette lettre privée d’un homme qui est physiquement à bout. Kroupskaïa elle-même demanda à la secrétaire de ne pas transmettre cette note à Staline. (Ibidem, p.179.) Ce sont d’ailleurs les dernières lignes que Lénine a pu dicter : le lendemain, il eut un grave accès de sa maladie et il fut incapable de tout travail pour le reste de ses jours. (Fotieva, op.cit., p.175.)

Que Trotski se voie obligé d’exploiter les paroles d’un malade au bord de la paralysie totale montre bien la physionomie morale de cet individu. En effet, en véritable faussaire, Trotski a présenté ce texte comme la preuve finale que Lénine l’avait bel et bien choisi comme successeur ! Il écrit :

« Cette note, le dernier texte de Lénine, est en même temps la conclusion définitive de ses relations avec Staline. » (Trotski, Staline, II, p.262.)

Des années plus tard, en 1927, l’opposition unifiée de Trotski, Zinoviev et Kaménev tenta une nouvelle fois d’utiliser le « testament » contre la direction du Parti. Dans une déclaration publique, Staline put alors dire ceci :

« Les opposants ont soulevé ici une grande clameur et ils ont prétendu que le Comité central du Parti a ‘caché’ le ‘Testament’ de Lénine. Cette question a été traitée plusieurs fois lors des plénums du Comité central et de la Commission centrale de contrôle. (Une voix : ‘Des milliers de fois !’) Il a été prouvé et encore prouvé que personne ne cache quoi que ce soit, que ce ‘testament’ de Lénine fut adressé au XIIIe Congrès, que ce ‘Testament’ a été lu à ce Congrès (Une voix : ‘Absolument’) et que le Parti a décidé à l’unanimité de ne pas le publier, entre autres parce que Lénine lui-même ne l’avait pas voulu et souhaité. » « On dit que, dans ce ‘Testament’, Lénine a proposé qu’on discute, au vu de la ‘grossièreté’ de Staline, si on ne pouvait pas remplacer Staline comme secrétaire général par un autre camarade. Cela est tout à fait exact. Oui, camarades, je suis grossier envers ceux qui brisent et divisent le Parti de façon grossière et traîtresse. Déjà lors de la première session du plénum du Comité central après le XIIIe Congrès, j’ai demandé que le plénum me décharge de ma fonction de secrétaire général. Le Congrès lui-même avait traité de cette question. Chaque délégation a traité cette question et toutes les délégations, parmi lesquelles Trotski, Zinoviev et Kaménev, ont obligé Staline à rester à son poste. Une année plus tard, j’ai adressé à nouveau une demande au plénum pour me décharger de ma fonction, mais on m’a obligé à nouveau de rester à mon poste. » (Staline, op.cit., pp.151, 153.)

Comme si toutes ces intrigues autour du « testament » ne suffisaient pas, Trotski n’a pas hésité, à la fin de sa vie, à accuser Staline d’avoir tué Lénine !

Pour étayer cette révélation inqualifiable, il avance comme seul et unique argument « sa ferme conviction » !

Dans son livre Staline, Trotski écrit :

« Quel fut le rôle réel de Staline au temps de la maladie de Lénine ? Le ‘disciple’ ne fit-il rien pour hâter la mort de son ‘maître’ ? (…) Seule la mort de Lénine pouvait laisser la voie libre pour Staline. (…) Je suis fermement convaincu que Staline n’aurait pu attendre passivement alors que son destin était enjeu. » (Trotski, Staline, II, pp.258, 264, 273.)

Bien sûr, Trotski ne nous fournit aucune preuve à l’appui de cette accusation, mais il nous apprend toutefois comment l’idée lui est venue…

« Vers la fin de février 1923, à une réunion du bureau politique, Staline nous informa que Lénine l’avait fait soudainement appeler et lui avait demandé du poison. Il considérait son état désespéré, prévoyait une nouvelle attaque, n’avait pas confiance en ses médecins. Ses souffrances étaient intolérables. »

A l’époque, en écoutant cette communication de Staline, Trotski faillit démasquer le futur assassin de Lénine ! Il écrit :

« L’expression du visage de Staline me sembla extraordinairement énigmatique. Un sourire malsain errait sur son visage comme sur un masque. »

Suivons donc l’inspecteur Clouseau-Trotski dans son enquête. Nous apprenons ceci :

« Pourquoi Lénine, qui à ce moment se méfiait extrêmement de Staline, s’adressa-t-il à lui pour une telle requête ? Lénine voyait en Staline le seul homme capable de lui apporter du poison parce qu’il avait un intérêt direct à le faire. Il connaissait les sentiments réels de Staline à son égard. » (Ibidem, p.266.)

Essayez d’écrire, avec ce genre d’arguments, un livre accusant le prince Albert d’avoir empoisonné le roi Baudouin : « Il avait un intérêt direct à le faire. » Vous serez condamné à la prison. Trotski, lui, peut se permettre des bassesses inqualifiables pour calomnier le principal chef communiste, et toute la bourgeoisie le félicite pour « sa lutte sans bavure contre Staline » ! (Bernard, op.cit., p.53.)

Voici maintenant le point d’orgue de l’enquête criminelle du fin limier, le détective Trotski :

« J’imagine que les choses se passèrent à peu près de la sorte. Lénine demanda du poison à la fin de février 1923. Vers l’hiver, l’état de Lénine commença à s’améliorer lentement. L’usage de la parole revenait. Staline voulait le pouvoir. Le but était proche, mais le danger émanant de Lénine était plus proche encore. Staline dut prendre la résolution qu’il était impératif d’agir sans délai. Si Staline envoya le poison à Lénine après que les médecins eurent laissé entendre à demi-mot qu’il n’y avait plus d’espoir, ou s’il eut recours à des moyens plus directs, je l’ignore. » (Trotski, Staline, II, p.273.)

Même les mensonges de Trotski sont mal conçus : s’il n’y avait plus d’espoir, pourquoi Staline devait-il « assassiner » Lénine ?

Du 6 mars 1923 jusqu’à sa mort, Lénine fut presque sans interruption paralysé et privé de la parole. Sa femme, sa soeur et ses secrétaires étaient à son chevet. Lénine n’aurait pas pu prendre du poison sans qu’elles le sachent. Les bulletins médicaux de cette période expliquent parfaitement que la mort de Lénine était inexorable. La façon dont Trotski a fabriqué ses accusations contre « Staline, l’assassin », ainsi que la manière dont il a utilisé frauduleusement le prétendu « testament » discréditent complètement toute son agitation contre Staline.

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