” Mahmoud Hussein ” est le pseudonyme commun de deux auteurs : Baghgat Elnadi (né en 1936) et Adel Rifaat (né en 1938). Tous deux Egyptiens – l’un est d’origine musulmane ; l’autre d’origine juive, mais converti à l’islam -, ils furent à l’époque de Nasser d’ardents militants laïcs et marxistes. C’est à ce titre qu’ils furent incarcérés à plusieurs reprises dans les années 1960 avant de s’installer en France, où ils furent naturalisés en 1983. Ils sont titulaires d’un doctorat d’Etat en philosophie politique, et auteurs de nombreux ouvrages parmi lesquels on citera : Versant sud de la liberté, Essai sur l’émergence de l’individu dans le Tiers monde ; Les arabes au présent ; Sur l’expédition de Bonaparte en Egypte. Entre 1978 et 1988, ” les ” Mahmoud Hussein ont dirigé Le courrier de l’Unesco, publié en 30 langues et diffusé dans 120 pays.

1- Ils ont déjà publié, chez Grasset, le Tome I de ” Al Sîra ” (13.000 exemplaires vendus à ce jour).

                     L es textes qui nous éclairent sur la vie de Muhammad ibn ‘Abd Allâh ibn ‘abd al-Muttalib, Prophète de l’Islam, éma-nent essentiellement de trois sources. Ce sont : le Coran, que tout musulman tient pour la Parole de Dieu, révélée à Mu-hammad par l’entremise de l’ange Gabriel ; les Dits du Prophète (Hadîths), qui consignent les propos personnels de Muhammad ; enfin les Chroniques (Al-Sîra), qui rapportent les témoignages de ses contemporains sur ses faits et gestes.
De ces trois textes, seule la Sîra nous offre les jalons chro-nologiques et géographiques qui nous permettent de replacer, dans une continuité historique repérable, la plupart des grands événements de sa vie. De plus, en nous conduisant au cœur de l’époque où il a vécu, elle nous retransmet le souffle et les rythmes de la vie dans l’Arabie du septième siècle. Elle est gorgée de couleurs, de saveurs, d’expressions, qui nous rapprochent de la vérité intime des hommes de ce temps, au moment où Muhammad vient bouleverser leurs manières d’être et de penser. Elle nous permet de saisir, en même temps que le sens des changements suscités par son action prophéti-que, les multiples facettes de sa personnalité.
Cependant, le Prophète ayant vécu dans une société de tradition orale, les témoignages de ses contemporains sur ses faits et gestes n’ont pas été directement couchés par écrit. Ils ont d’abord été transmis de bouche à oreille, puis partielle-ment retranscrits sur des matériaux de fortune, par divers rapporteurs, avec de nombreuses variantes. Ce n’est qu’un siècle et demi après la mort de Muhammad, que ces témoi-gnages ont commencé à être collectés, authentifiés et fixés par écrit. Différents chroniqueurs y ont consacré une grande partie de leur vie. Travaillant chacun de son côté, ils ont patiemment repris à rebours les chaînes de transmission de ces témoigna-ges, pour remonter peu à peu jusqu’aux témoins directs.
La fidélité des notations qu’ils ont rapportées a nécessaire-ment pâti de la longueur du temps écoulé, des conditions techniques de la transcription et, parfois, des préférences politiques de certains des transmetteurs. On ne saura jamais, de source sûre, si telle phrase a bien été prononcée sous telle forme, à tel moment. Mais si trois chroniqueurs l’ont retrou-vée, à travers trois cheminements distincts, plus ou moins dans les mêmes termes, nous pouvons tenir pour vraisembla-ble qu’elle a bien été prononcée.
De cette période cruciale, on ne peut donc espérer cerner la vérité que par approximations successives, par une lecture comparative des textes des grands chroniqueurs , en tirant parti de la diversité même de leurs cheminements. Mais, quels que soient les écarts entre les faits et les textes, au-delà des imprécisions, des erreurs de perspective, et même des distor-sions volontaires, la Sîra constitue l’un des textes fondateurs de l’imaginaire musulman. Sollicitée depuis douze siècles par tous ceux qui traitent du fait religieux, elle informe la cons-cience des croyants dans l’ensemble du monde. A ce titre aussi, elle est incontournable.
Or, son corpus originel, rédigé dans une langue relative-ment archaïque, est volumineux, hétérogène, confus. Ne se prêtant pas à une lecture facile, il n’est accessible qu’à une minorité de clercs, qui l’utilisent trop souvent à des fins partisanes. C’est pourquoi la plupart des musulmans n’en reçoivent que des bribes, le plus souvent extraites de leur contexte, tronquées, voire carrément réinventées. L’objectif de notre travail aura été de mettre ce corpus directement à la portée du grand public.
A partir des principales Chroniques, nous avons regroupé les informations éparses, et en général partielles, portant sur chacun des moments de la vie du Prophète. Puis nous avons choisi, parmi les différentes versions d’un même événement, celle qui nous a paru faire la synthèse la plus probante – quitte, dans certains cas, à opérer nous-mêmes la synthèse de plusieurs de ces versions. Enfin nous avons mis tous les fragments retenus bout à bout, afin de recomposer une vision globale de la Sîra, qui respecte le fond comme la forme d’écriture du corpus originel, mais qui devienne directement intelligible au lecteur d’aujourd’hui.
Il y avait un délicat équilibre à trouver entre fidélité et lisi-bilité. Nous nous y sommes efforcés, en opérant un patient travail de découpage et de montage, sans aucun a priori doctrinal, sans ajouter quoi que ce soit de notre cru et sans rejeter aucun fait d’importance, dès lors qu’il était retenu par l’un, au moins, des grands chroniqueurs.
C’est bien d’un condensé essentiel des textes des principaux chroniqueurs de l’Age d’or de l’Islam, et non d’une construc-tion personnelle ou partisane, qu’il s’agit ici.

La vie de Muhammad, telle que la Sîra nous permet de la reconstituer, se décompose en trois périodes distinctes.
De 570, année de sa naissance à La Mecque, à 610, année où il voit l’ange Gabriel lui annoncer que Dieu l’a choisi comme Son Messager, il mène une existence simple, dont les détails nous sont peu connus.
De 610 à 622, il s’efforce de prêcher la Parole de Dieu (le Coran) dans sa ville natale. Mais il ne parvient à constituer autour de lui qu’une communauté restreinte, de plus en plus menacée.
De 622, année de l’Hégire (Hijra, ou Emigration), où il s’établit avec les siens à Médine, à 632, année de sa mort, il unifie les principales tribus d’Arabie sous la bannière de la nouvelle religion (Islam, ou Soumission à Dieu) .

2- Penser le Coran . Edition : Grasset- Paris- 2009

Le Coran est, pour les musulmans, la Parole de Dieu, révélée au Prophète Muhammad par l’intermédiaire de l’ange Gabriel entre 610 et 632 de l’ère chrétienne. Est-il besoin de souligner l’importance, aujourd’hui, de comprendre ce que dit ce texte capital ? Ce qu’il dit – et non ce qu’on lui fait dire. L’ouvrage que voici nous donne des clés pour le lire et le penser. En replaçant de nombreux versets du Coran dans les circonstances où ils furent révélés, il éclaire des évidences, largement occultées à l’heure actuelle et cependant essentielles à l’intelligence du texte. Et de l’islam.

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