Depuis quelque temps nous sommes la cible d’attaques haineuses dirigées par un groupe d’ultra-trotskystes retardataires qui se disent maoïstes et qui se croient philosophes-astronautes (voie lactée) mais qui sont en réalité des semi-intellectuels. Ils sont escortés dans ce travail par quelques groupuscules (qui ne groupent en réalité, et malheureusement, que quelques personnes), un en Belgique notamment, et 2 ou 3 dans d’autres pays … Ils signent des tracts qui laissent croire que la victoire est pour demain et que leur mouvement ébranle les fondements du capitalisme mondial et menace d’anéantir l’impérialisme.

Ces nouveaux gardiens et porte-paroles de la suprématie occidentale néocoloniale et du paternalisme féodal flagrant, ne se lassent pas de divaguer sur tout, en ne produisant rien du tout. Dernièrement ils ont trouvé un nouveau passe-temps en nous créant un soi-disant groupe de maoïstes arabes qui signe avec eux et propage leur  bavardage petit-bourgeois …

Ce qui nous écœure dans tout ceci c’est qu’ils ne vivent que sur le sang des autres : les peuples et les révolutionnaires du tiers-monde…

Ces sangsues parasites ne méritent pas de réponse…mais nous devons devant nos sincères camarades européens et américains, la responsabilité de clarifier quelques points.

1-      Nous sommes Marxistes-Léninistes-Maoïstes (MLM), car nous considérons que les apports de Mao Zedong à la théorie révolutionnaire mondiale sont extrêmement importants. Ils sont un saut qualitatif de la théorie, et la pratique de la révolution… L’apport politique de Mao Zedong (ou la plus grande partie) est synthétisé en pratique dans la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne (GRCP) et les années qui ont suivi (1966-76), faisant de la Chine à cette époque, la plus haute expérience révolutionnaire du 20ème siècle. Nous adhérons à cette histoire et nous la revendiquons.

2-      Nous sommes des vrais partisans et adeptes de La ligne de masse.  Nos mots d’ordre sont : “Servir le Peuple”, “les masses font l’Histoire”, “le camp du peuple est notre camp”.
Nous appelons et travaillons à baser toute notre réflexion et toutes nos actions sur un principe de base : servir le peuple, le camp du peuple est notre camp. “Ce que je pense, ce que je fais, est-ce au service du Peuple ?”

La ligne de masse, c’est affirmer que les masses populaires font l’histoire. C’est en permanence être relié aux masses, être dans les masses “comme un poisson dans l’eau”. Le révolutionnaire ne se pose pas en “Guide éclairé” des masses, avec sa “pensée géniale” (ou en voie lactée). Le révolutionnaire doit servir le peuple.
Nous appelons à toujours partir des masses, de leurs expériences, de leurs aspirations, de leurs préoccupations. Il faut ensuite synthétiser tout cela, et l’élever au niveau de la théorie scientifique, commencer à ébaucher des réponses, des solutions stratégiques concrètes également. C’est la “valeur ajoutée” du révolutionnaire. Ensuite, il faut revenir aux masses : la théorie, la stratégie élaborée ne se vérifie que dans la pratique.

Pratique-théorie-pratique : telle est la base de l’activité révolutionnaire maoïste.
Il faut rejeter absolument les pratiques petite-bourgeoises élitistes, aristocratiques, “j’ai tout compris” parce que je suis capable de citer Marx, Lénine ou Mao (et d’autres encore) par cœur, “je détiens la Vérité”, les gens sont des bœufs (ou des beaufs) qui n’ont rien compris, à “éduquer politiquement”…Il faut rejeter la culture du livre.
Les aspirations des masses populaires ne sont pas toujours (même rarement) claires. Elles s’expriment parfois (même souvent) de manière erronée : réformiste, voire réactionnaire, religieuse etc. Elles sont marquées par la domination culturelle de la bourgeoisie, en l’absence, faute de travail des révolutionnaires, de conscience politique de classe du peuple. Mais elles contiennent toujours une part de vérité, elles posent toujours de VRAIES questions, des problématiques réelles qu’il faut savoir identifier. Il faut dégager ces “impuretés”, pour extraire les problématiques justes, et les éléments de réponse justes apportées par les masses.
Le Peuple n’a pas la “vérité absolue”, qui “sort de sa bouche” (un tel raisonnement conduit au populisme), car il est victime de la culture (ou de l’inculture !) que lui impose la domination bourgeoise. Mais il voit toujours juste au fondil suffit de creuser !

3-      La révolution ininterrompue
Le grand apport de Mao, c’est d’avoir démontré qu’il était possible pour le Parti du prolétariat, allié aux masses paysannes, de prendre le pouvoir et d’assurer les tâches de la libération nationale et de la révolution bourgeoise antiféodale, puis d’avancer de manière ininterrompue vers la construction du socialisme – après avoir suffisamment développé les forces productives.
C’est ce que l’on a appelé la révolution de Nouvelle Démocratie (ou révolution national-démocratique – comme le PC des Philippines ou les militants arabes par exemple).Ceci nécessite la création d’un front uni et la juste résolution des conflits au sein de ce front uni du peuple dans la lutte.
Il va de soi, que les trotskistes s’opposent farouchement à cette théorie (alliance de front uni avec les masses paysannes, la petite-bourgeoisie et la bourgeoisie nationale patriotique-progressiste), et refusent également tout soutien au mouvement national bourgeois… Nous somme Maoïstes car nous pratiquons cette politique de front uni.
L’apport de la révolution ininterrompue, de la possibilité de la révolution prolétarienne dans les pays dominés, Mao va également le développer dans sa stratégie de la révolution mondiale.
Lénine avait en effet, dès le milieu des années 1910, distingué 3 grandes contradictions à l’échelle mondiale :
– la contradiction bourgeoisie/prolétariat, Capital/Travail, bien sûr : la contradiction centrale du capitalisme,
– la contradiction, dans le cadre de l’impérialisme, entre impérialisme et nations opprimées,
– les contradictions inter-impérialistes : comme l’a bien montré Lénine, le partage du monde étant terminé, la lutte pour le repartage des marchés, des ressources (matières premières, main d’œuvre etc.) entre les monopoles et les groupes de monopoles, et les États qui les représentent (bras armé) est la constante de notre époque.

Cette analyse a été renforcée par la thèse maoïste sur l’impérialisme socialiste de l’URSS… Aujourd’hui la Russie Tsariste de l’alliance Mafia-KGB, l’impérialisme américain, et le sionisme, sont l’ennemi le plus féroce des peuples du tiers monde et des peuples arabes en particulier.

4-      La Guerre Populaire prolongée (GPP)
C’est réellement le grand apport théorique de Mao, à la stratégie de la lutte de classe et de prise révolutionnaire du pouvoir.
La GPP n’est pas la caricature qu’en font les anti-maoïstes type voie lactée et consorts : prendre un fusil et partir faire la guérilla dans les bois, encercler les villes par les campagnes José-bovistes.
Cette conception de la Guerre Populaire, est évidemment la conception adaptée aux pays arriérés, semi-féodaux et coloniaux / semi-coloniaux (ou néocoloniaux), où la société rurale est largement dominante. Comme la Chine des années 30-40, l’Inde, le Népal, les Philippines, la plus grande partie de l’Amérique latine aujourd’hui…
Il faut le dire : Mao lui-même, au départ, a développé cette conception de la lutte révolutionnaire comme adaptée à la Chine de l’époque. Il n’a jamais affirmé son universalité.
Mais par la suite, de nombreux maoïstes ont développé la théorie de la GPP comme universelle.

Il est important de souligner à ce sujet, contre une autre caricature anti-maoïste, que la Guerre Populaire ce n’est pas la violence pour la violence, la clandestinité pour la clandestinité et autres fantasmes de petit-bourgeois propagés aujourd’hui par des soi-disant maoïstes arabes qui ne font rien en réalité sauf remplir les pages de la voie lactée et de quelques nostalgiques ultra-maoïstes. La violence et l’illégalité ne tiennent pas lieu de ligne politique correcte, ni de travail révolutionnaire de masse (militarisme gauchiste).
La politique commande au fusil : sans ligne politique correcte, sans travail révolutionnaire dans les masses, relié à leurs aspirations et à leurs problèmes, la violence finit toujours dans l’impasse.

5-      Nous sommes des Révolutionnaires Arabes enracinés sur notre terre et parmi nos masses, groupés sous la bannière du maoïsme comme arme théorique et guide pratique dans la lutte. Nous sommes contre tout Dogmatisme. Nous ne suivons pas des personnes : ni même Marx-Engels-Lénine-Staline-Mao… car ces GRANDS révolutionnaires et théoriciens ne sont pas pour nous des Totems ou des Dieux infaillibles. Nous avons dépassé ce stade enfantin et nous croyons que les peuples du monde arabe (et les autres peuples) ont quelque chose à dire et à ajouter pour enrichir le Maoïsme comme pour fructifier la réflexion sur la révolution mondiale au XXIème siècle. Nous appelons nos camarades maoïstes à bien réfléchir sur ces paroles de Mao :

«  Il a existé dans notre Parti des camarades, tenants du dogmatisme, qui, pendant longtemps, ont rejeté l’expérience de la révolution chinoise, nié cette vérité que ” le marxisme n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action “, et n’ont fait qu’effrayer les gens à l’aide de mots et de phrases isolés, extraits au petit bonheur des textes marxistes.
Il a existé également d’autres camarades, tenants de l’empirisme, qui, pendant longtemps, se sont cramponnés à leur expérience personnelle, limitée, sans comprendre l’importance de la théorie pour la pratique révolutionnaire ni voir la situation de la révolution dans son ensemble. Ils ont eu beau travailler avec zèle, leur travail se faisait à l’aveuglette.
Les conceptions erronées de ces deux groupes de camarades, en particulier les conceptions dogmatiques, ont causé, au cours des années 1931-1934, un préjudice énorme à la révolution chinoise. ». (Mao : De la pratique).

6-        Pour nous, le maoïsme a présenté en réalité certaines caractéristiques qui le relient à la pensée, à la culture et à l’histoire de la Chine. Le maoïsme entendait adapter le marxisme-léninisme au cas des pays en voie de développement. Il a mis l’accent sur l’indépendance nationale (« compter sur ses propres forces ») et sur le développement équilibré de la paysannerie et de l’industrie légère (« marcher sur ses deux jambes »). Ce que les uns ont appelé la « voie chinoise»  a été perçu (par nous, révolutionnaires arabes) comme une sortie du stalinisme étatique par la gauche populaire. La grande révolution culturelle chinoise a été interprétée ainsi comme un mouvement de critique du parti par « les masses », et nous a séduits par l’idéologie antiautoritaire affichée.

7-      Nous suivons des idées et des idéaux et  non pas des slogans et des pancartes. Nous cherchons la vérité et la justice et non pas plaire ou être «  politiquement correct ». Nous exposons toutes les thèses et idées au jugement de la pratique et de l’histoire, au niveau international comme au niveau arabe et  local. Pour cette raison nous avons réussi à étudier les résultats des luttes de nos peuples au miroir des réalités concrètes et de l’histoire réelle, et non pas (comme fonts tous les voies lactées du monde) au miroir du soi narcissique qui se croit le Dieu suprême…Nous avons étudié et appréhendé les transformations qui ont eu lieu depuis l’effondrement du mouvement maoïste international (en Occident) en 1975-1976 et jusqu’à nos jours, et ceci à la lumière de ces paroles de Mao : « Nous luttons dans nos rangs révolutionnaires contre les entêtés dont les idées ne suivent pas le rythme des modifications de la situation objective, ce qui, dans l’histoire, s’est manifesté sous la forme de l’opportunisme de droite. Ces gens ne voient pas que la lutte des contraires a déjà fait avancer le processus objectif alors que leur connaissance en reste encore au degré précédent.
Cette particularité est propre aux idées de tous les entêtés. Leurs idées sont coupées de la pratique sociale, et ils ne savent pas marcher devant le char de la société pour le guider, ils ne font que se traîner derrière, se plaignant qu’il aille trop vite et essayant de le ramener en arrière ou de le faire rouler en sens inverse.
Nous sommes également contre les phraseurs “de gauche”.
Leurs idées s’aventurent au-delà d’une étape de développement déterminée du processus objectif : les uns prennent leurs fantaisies pour des réalités, d’autres essaient de réaliser de force, dans le présent, des idéaux qui ne sont réalisables que dans l’avenir ; leurs idées, coupées de la pratique actuelle de la majorité des gens, coupées de la réalité actuelle, se traduisent dans l’action par l’aventurisme.
L’idéalisme et le matérialisme mécaniste, l’opportunisme et l’aventurisme se caractérisent par la rupture entre le subjectif et l’objectif, par la séparation de la connaissance et de la pratique. ».
(Mao : De la pratique).

8-       Nous étions et nous sommes indépendants de tout régime arabe et surtout des régimes criminels de Saddam Hussein en Iraq, Mouammar Qadhdhâfî en Lybie, et de la famille Asad en Syrie. Ces régimes n’ont pas seulement massacrés leur peuple et liquidés tous les mouvements révolutionnaires, mais ils étaient aussi les vrais laquais de l’impérialisme et du sionisme qui continuent à soutenir le dernier dictateur Asad. Nous connaissons leurs crimes et nous avons combattus leurs politiques. Pour cela nous ne sommes pas dupes d’un soi-disant anti-impérialisme nationaliste vulgaire et réactionnaire car antipopulaire et anti-démocratique et à la solde du nouveau impérialisme tsariste russe. Plusieurs mouvements arabes de gauche ont utilisé la politique de s’acquérir le soutien d’un régime contre un autre : la Syrie contre l’Iraq et vice-versa, la Lybie contre la Tunisie et le Maroc, la Syrie contre l’OLP, l’Algérie contre le Maroc…etc.… Nous avons refusé et refusons cette politique qui a transformé ces mouvements en agents aux mains des régimes arabes dans leurs luttes intestines…La dépendance totale de ces mouvements (et parmi eux des soi-disant maoïstes) les a coupé des masses et de la réalité de la révolution qui gronde dans leur pays. Nous croyons que le printemps arabe est l’action des peuples et non pas des américains ou autres. Nous sommes aux côtés de nos peuples et nous n’entendons que la voix de nos peuples et ne répondons qu’à l’appel de la révolution.

9-      Le MLM est pour nous une recherche constante et permanente pour trouver les idées justes et les bonnes pratiques qui nous permettent de bien servir le peuple. Si nous adhérons à la ligne des masses c’est parce que nous la pratiquons dans toutes nos luttes. Nous visons à résoudre les contradictions au sein du peuple pour renforcer le front uni contre les adversaires du peuple. Nous pratiquons l’étude et l’enquête quotidienne au sein des masses. Nous adhérons aux théories de Mao concernant la contradiction et la pratique. Nous voulons créer notre propre idéologie de lutte et nos propres utiles de combat qui émanent de l’expérience de nos peuples et de nos masses.

10-  Le marxisme et le maoïsme ne furent pas adoptés par simple fascination théorique, mais bien en raison de leur dimension pratique. La recherche d’une voie endogène de libération nationale, de nouvelle démocratie, d’un chemin propre, qui ne soit pas un simple copié-collé d’un marxisme occidental considéré comme non-effectif dans les sociétés du tiers-monde, a encouragé dans les années 1960 – 1970 l’inspiration du  modèle chinois de libération nationale, puis le modèle maoïste de révolution culturelle. L’inspiration maoïste s’est retrouvée partout dans le monde arabe, en Europe, en Amérique latine, et jusqu’aux États-Unis, dans le mouvement des Blacks Panthers afro-américains qui brandissaient le Petit Livre Rouge de Mao. Le passage du modèle de marxisme occidental au maoïsme n’est, dans ce cadre, pas une anomalie sauvage, bien au contraire : le modèle de la Révolution culturelle, pour nombres de militants arabes, s’inscrit dans une totale continuité stratégique, celle d’élaborer une voie effective, endogène, ancrée dans un terreau social, culturel propre. De même que le marxisme asiatique (chinois, coréen, indien, népalais…etc..) a inventé une nouvelle manière de pratiquer le politique et la libération nationale, la Révolution arabe doit tracer pour ses militants de nouvelles routes et de nouvelles inspirations, mieux adaptées, selon eux, aux conditions internes du monde arabo-musulman.

11-  Le primat du politique (selon Mao), nous a amené à penser la singulière fonction mobilisatrice des religions dans l’histoire des luttes de libération nationale : l’islam n’en est qu’un exemple. L’IRA irlandaise, même socialisante, puisa une partie de son inspiration dans le catholicisme, l’identification religieuse devant aussi assurer la cohérence et la mobilisation d’une communauté irlandaise s’affrontant frontalement à un adversaire qui n’était pas seulement britannique, mais aussi protestant, le mouvement orangiste en Ulster ne manquant pas d’avancer aussi, pour sa part, une identité politico-religieuse anglicane. L’islam n’est donc pas une religion politique per se : elle l’est dans le cadre de conjonctures politiques précises, ou elle sert de ressource politique mobilisatrice, principale ou secondaire, selon la dominante idéologique de l’époque, et de forme d’identification et de solidarité centrale dans le cadre d’un affrontement que les acteurs politiques définissent aussi comme une guerre nord/sud, centre/périphérie.

12-  Nous sommes fiers d’avoir étudié l’Islam car c’est la culture de notre peuple, et d’avoir pratiqué une autocritique visant à s’approprier de la ligne de nos masses arabes musulmanes. Nous sommes fiers d’avoir combattu pour et avec les Musulmans, comme pour et avec tous les peuples opprimés du monde. Nous sommes fiers d’avoir une vision critique des aspects d’un Marxisme euro-centriste et d’un Léninisme ultra-partisan et d’un Stalinisme ultra-étatique et d’un Maoïsme ultragauchiste. Dans cette recherche critique nous n’avons aucun inconvénient à puiser dans les articles et livres et expériences des non-marxistes-léninistes, ou des non-maoïstes. Nous sommes contre tout dogmatisme et toute adoration des textes et toute divinisation des personnes.

« L’histoire de la connaissance humaine nous apprend que de nombreuses théories étaient d’une vérité incomplète, et que c’est leur vérification dans la pratique qui a permis de la compléter. Nombre de théories étaient erronées, et c’est leur vérification dans la pratique qui a permis d’en corriger les erreurs. C’est pourquoi la pratique est le critère de la vérité ». (Mao : De la pratique).

13-  l’islam politique est bien plus pluriel dans ses origines qu’on ne le croît. Il tire son histoire, aussi, des expériences politiques qui l’ont précédé, et des cadres et militants politiques aux parcours diversifiés qui l’ont rejoint. Il ne vient pas ex nihilo. L’espace politique islamique possède son propre parcours, certes, avec l’expérience des Frères musulmans en Égypte, du Parti ad-Dawa’ en Irak, des cercles religieux islamiques autour de l’Ayatollah Khomeyn. En même temps, il croise d’autres parcours politiques : ceux d’une partie de la gauche qui y bascule, ceux du nationalisme arabe, notamment nassérien, qui, dans l’ambiguïté fondatrice qu’il garde entre nationalisme et islam, prépare déjà, dans les « segments médians  » entre nationalisme et islam, le développement d’un islamisme fort.

14-  Ensuite, la question d’une théologie islamique de la libération est une question non réglée: elle n’existe pas et n’a jamais existé à proprement parler, mais la multiplication des tentatives d’esquisses interroge toujours sur sa pertinence. L’expérience « maos » au Sud-Liban fait office, peut-être, d’utopie concrète non réalisée théoriquement, et trop tôt islamisée pour faire office de véritable synthèse entre marxisme maoïste et islam révolutionnaire. En définitive, il n’est pas possible de transposer le modèle sud- américain de théologie chrétienne de libération (les prêtres marxistes comme Camilo Torres et Manuel Pérez en Colombie, ainsi que les grands penseurs de cette théologie : Gustavo Gutierrez, Leonardo Boff, et Segundo Galilea) sur le Moyen-Orient islamique : cela relèverait d’une imagination rétrospective et fantasmée. Mais en même temps, oublier les expériences concrètes et historiques à l’œuvre reviendrait à éluder une question qui, dans ses tentatives inabouties mais répétées, ne cesse d’interroger le politique et le religieux, la gauche et l’islam, dans leurs rapports contrariés.

15-  « On ne parle jamais de “christianisme politique”. Et pourtant, c’est une réalité : des gens qui basent leur démarche politique dans la société sur leur foi chrétienne. Et ces gens-là, de fait, vont d’ultra-réactionnaires fascistes comme un Franco, un Pétain ou un Degrelle (ou leurs admirateurs actuels), à des quasi-marxistes comme un Camilo Torres ou un Manuel Pérez (prêtres catholiques dirigeants de l’ELN colombienne) ; en passant par des démocrates bourgeois “absolus” à la François Bayrou, des éléments à la fois plus “sociaux” et plus “conservateurs” (sur les “questions de société”) comme Christine Boutin, des réformistes sociaux “cathos de gauche” comme l’actuel Premier ministre Jean-Marc Ayrault, des “humanistes radicaux” comme Mgr Romero qui dénonçait les escadrons fascistes du Salvador (et finit assassiné) ou le père Aristide dans les années 80 en Haïti : autant dire que l’éventail est large !
Il y a un “judaïsme politique” : des gens qui fondent leur démarche politique sur leur confession juive ou leur “judéité”. Et cela va, dans sa composante précisément sioniste, du Lehi fascisant à l’Hashomer Hatzaïr “socialiste” ; et plus largement, sans se limiter au courant sioniste, des ultra-orthodoxes hassidiques au Bund marxiste, en passant par les libéraux-démocrates fondés sur la Haskala (les Lumières juives des 18 e-19 e siècles).
Il n’en va tout simplement pas autrement pour “l’islam politique”, autrement dit les gens qui fondent leur démarche politique sur leur foi, ou en tout cas sur leur “identité” ou leur imprégnation culturelle musulmane… Nous allons avoir des régimes violemment réactionnaires et répressifs, antipopulaires, comme l’Iran (qui se veut toutefois “social” et nationaliste) ou l’Arabie saoudite. Ou un régime conservateur plus “libéral” comme le Makhzen marocain (qui se veut, rappelons-le, “commandeur des croyants”). Nous allons avoir les salafistes radicaux prônant un ordre moral brutal et un ultra-capitalisme de type calviniste puritain (et qui terrorisent actuellement les mouvements sociaux en Égypte ou en Tunisie), ou leurs relatifs équivalents bassidj iraniens ; ou alors les conservateurs plus “sociaux” et “pragmatiques” de type Frères musulmans, ou l’AKP turc que l’on pourrait qualifier de “démocrate-musulman” comme il y a des démocrates-chrétiens. Et puis l’on va avoir des éléments que l’on peut clairement rapprocher d’une “théologie de la libération” musulmane. La pensée d’éléments comme Ali Chari’ati (chiite iranien) ou de Sayyid Qutb (sunnite égyptien), (ou de Mounir Chafik : maoïste chrétien palestinien converti à l’islam, ou des dizaines d’intellectuels maoïstes égyptiens, iraquiens, soudanais, libanais, et syriens, convertis à l’islam dans les années 1979-1982), est encore plus complexe, et peut difficilement être schématisée à partir d’une grille de lecture “chrétienne” ; ce qui est certain, c’est que la résumer à du “fondamentalisme” (entendu comme ultra-conservatisme social) ou carrément à du “fascisme” est proprement ridicule! ». (Apport très important qui nous a été envoyé par un camarade de « Servir le peuple »).

16-  « La religion (à distinguer de la “croyance” au surnaturel) EST TOUJOURS une idéologie politique, inséparable de la politique, n’en déplaise aux laïcards bourgeois made in France (qui ne sont que des gallicans déguisés). C’est une conception du monde sous-tendant un système cohérent de normes sociales.
MAIS c’est une idéologie politique correspondant à un MODE DE PRODUCTION FÉODAL (aussi bien le christianisme que l’islam et le judaïsme talmudique, ou encore le bouddhisme, le confucianisme qui est plus une philosophie, l’hindouisme moderne etc.). Si bien qu’à partir du moment où le mode de production féodal (et autres modes de productions “archaïques”) cesse d’être dominant, la religion perd toute AUTONOMIE POLITIQUE, c’est à dire, comme idéologie politique, elle se retrouve SUBORDONNÉE à la contradiction motrice de la société (et tend à éclater en une multitude d’interprétations extrêmement divergentes du Texte sacré). Le christianisme, en Europe, s’est trouvé subordonné du 16ème au 19ème siècle à la contradiction entre révolution bourgeoise et contre-révolution féodale, le protestantisme passant pour la “religion bourgeoise type”, mais le catholicisme éclatant lui-même en de multiples tendances “modernistes” ou “obscurantistes”, certaines (comme les Jésuites) se faisant même “sociales” contre une bourgeoise porteuse des “idées nouvelles” mais (déjà) férocement exploiteuse (démarche que l’on retrouve largement dans “l’islam politique” aujourd’hui). Et, depuis la seconde moitié du 19ème siècle, il se trouve subordonné à la nouvelle contradiction motrice : la contradiction entre Grand Capital (qui a agrégé à lui toutes les classes réactionnaires pré-monopolistes et pré-capitalistes) et prolétariat. L’on va ainsi trouver un christianisme de “conservation sociale”, voire de “guerre sainte” contre les “rouges” ; et puis un christianisme qui va partir du message humaniste, égalitariste et charitable du Texte pour aller vers un réformisme social audacieux… voire une idée de “transformation sociale radicale” qui peut être prise, dans sa force d’attraction, par le camp de la révolution prolétarienne.
Et dans les pays musulmans, il n’en va pas autrement : depuis le 19ème siècle, l’islam comme idéologie politique est subordonné aux trois contradictions motrices dans ce type de pays : entre impérialisme et résistance de la nation dominée ; entre féodalité (ou bureaucratie parasitaire d’État) et “économie productive réelle” ; et entre propriétaires des moyens de production (bourgeoisie, propriétaires terriens) et vendeurs de force de travail (prolétariat, ouvriers industriels et agricoles ou “plèbe informelle” survivant au jour le jour). Il en va de même, par exemple, pour le catholicisme en Amérique latine…Toute autre approche de la question, n’est qu’idéalisme diffusé par des intellectuels bourgeois occidentaux, ou “marxistes” eurocentristes (et leurs disciples locaux). ».

(Apport très important qui nous a été envoyé par un camarade de « Servir le peuple »).

17-  Nous avons appelé et nous appelons tous les vrais maoïstes arabes, à lire notre histoire, pour la changer, à lire et comprendre notre culture, à partir d’appareils et d’outils conceptuels qu’on doit faire nous-mêmes par un retour à notre propre héritage, à notre histoire, à la pensée arabe et islamique. On lisait Mao, Lénine, Gramsci, tous les marxistes, mais on doit commencer aussi à lire nos penseurs, nos expériences révolutionnaires, notre histoire sociale et économique, et en se posant la question de savoir comment utiliser ces lectures, comment profiter de tous les concepts émanant de notre épistémologie, de manière heuristique, utile. On doit  réinventer un vocabulaire propre Tout cela doit nous emmener peu à peu vers la reconnaissance de la nécessité de l’étude de l’islam, car c’est un discours effectif, de masse, un discours populaire, qui fait le lien entre le côté intellectuel et l’aspect populaire. « L’éveil islamique », est à comparer à la philosophie nietzschéenne d’affirmation de soi, et devait permettre au monde arabe de se réapproprier son histoire : « le discours de l’éveil islamique représente le terme de la contradiction qui s’oppose à l’orientalisme et à son ombre, l’intellectuel arabe moderniste. (….). Comment faire face à la domination étrangère, et affirmer l’identité arabe et islamique, non par réaction – l’esclave s’affranchissant par le négatif – mais par une action volontaire – l’islam, maître s’appuyant sur une époque révolue de maîtrise et de domination ? L’action volontaire ressuscite ici positivement le Moi islamique, tout en passant l’Autre (l’occident) sous silence. Cet Autre voit l’universalisme de sa culture contesté.

18-  Cet appel quasi mystique au peuple, le Maoïsme le partage avec l’islam révolutionnaire. Le printemps arabe n’a pas été seulement perçu par les militants maoïstes comme un événement anti-impérialiste majeur : il a été, et d’abord, une révolution, c’est-à-dire un processus dans lequel « les masses » font irruption dans l’histoire, d’une manière tout à fait intempestive, et le populaire fait fonction ici de véritable élément déclencheur de la foi religieuse : « il y a eu quelque chose qu’on a ressenti et qui était nouveau : on l’a ressenti profondément. C’était que l’islam était là, et que l’islam pouvait être une source immense de révolution, et une source vraiment populaire. Et là notre point de vue doit vraiment changer, à un niveau personnel comme au niveau théorique et organisationnel. Il faut donc  réfléchir, non pas seulement sur la révolution elle-même: mais surtout sur les effets incroyables de la révolution sur les masses arabes. Ça doit nous toucher tous, ça doit nous troubler tous, car c’est quelque chose de très profond. » Le marxisme ne peut lui-même que construire ses représentations mobilisatrices sur l’image du peuple en insurrection, car il est retors aux logiques conspiratrices : la polémique des marxistes, au dix-neuvième siècle, contre Auguste Blanqui et la logique du coup d’état socialiste n’en est qu’un exemple. Le maoïsme, avec les concepts de « guerre populaire » et de « ligne de masse », conférait en plus au peuple un rôle capital dans la formation de la conscience politique d’une avant-garde révolutionnaire appelée à se fondre en lui. Pour nous, la Révolution viendra donner concrétude à ce peuple en attente, désormais entré sur la scène de l’histoire moyen-orientale.

19-   Nous sommes les continuateurs de la lutte de nos camarades qui nous ont devancés dans les années 65-76 et nous sommes fiers d’étudier et de bien digérer les leçons de ces luttes. Nous rendons hommage ici à nos camarades du parti communiste soudanais (direction révolutionnaire) et à leur tête un des fondateurs du parti le camarade regretté Ahmad Suleyman. Nous rendons hommage ici à nos camarades du parti communiste iraquien (direction centrale) et à leur tête nos camarades dirigeants et martyrs Khaled Zaki et Fadel Rassoul. Nous rendons hommage ici à nos camarades du parti communiste arabe (Syrie) et à leur tête un des fondateurs du parti le camarade martyr Hilal Reslan, et aux camarades syriens qui continuent la lutte contre le dictateur sanguin. Nous rendons hommage ici à nos camarades de l’Union des cellules marxistes-léninistes et à leur tête le fondateur du parti le camarade martyr Osmat Mrad et aux camarades de «  la résistance populaire » et à leur tête le fondateur du parti le camarade martyr Khalil Akkawi. Nous rendons hommage ici à nos camarades du parti communiste égyptien (démocratie nouvelle) et à leur tête les dirigeants regrettés Mahjoub Omar, Anwar Abdel Malek, Adel Hussein… Nous rendons hommage ici à nos centaines de camarades libanais et palestiniens morts sur le chemin de la révolution continue et de la guerre du peuple dans les rangs du bataillon des étudiants (1975-1982). Nous rendons hommage ici  à tous nos camarades de l’organisation tunisienne ash-shoola et aux vrais maoïstes de l’organisation Al-3amel-al-Tunsi (l’ouvrier tunisien) et à nos camarades marxistes-léninistes marocains de l’organisation Ila-l-Amam et des ex-23 mars. Nous n’intervenons dans les choix d’aucune organisation et nous ne lançons aucune accusation ou dénigrement contre quiconque de nos camarades arabes, mais nous pratiquons la critique et l’autocritique pour avancer ensembles.

20-   Nous avons commencé notre autocritique depuis 1976 (mort de Mao et coup d’état bourgeois en Chine), et nous sommes restés maoïstes et antirévisionnistes malgré toutes les attaques contre nous. Les événements depuis la chute de l’URSS sont venus confirmer nos analyses. Mais nous n’avons jamais attaqué nos camarades des autres pays ou des autres mouvements. Nous saluons la guerre populaire du Népal, du Pérou, de l’Inde, des Philippines… et nous saluons tous nos camarades maoïstes de ces pays et mouvements ; mais nous ne nous donnons pas le droit (ou le privilège) d’intervenir dans leurs affaires ou de soutenir telle tendance contre telle autre. Nous ne les remplaçons pas dans l’analyse de leur situation et dans la formulation de leurs choix historiques. Nous appelons à l’unité de tous les camarades car le combat est dur et la victoire n’est  pas conquise encore, et nous appelons à avoir l’esprit maoïste dans la résolution des contradictions au sein du peuple, sans pour autant oublier ou laisser tomber les intérêts du peuple, et du peuple seul.… La Révolution n’est pas un bavardage dans les salons parisiens. Nous connaissons et avons connu la guerre populaire et nous avons payé et payons encore du sang de nos camarades tombés sur le chemin, et du sang de nos peuples qui continuent la révolution…et c’est pourquoi nous comprenons bien la nécessité d’être modestes, patients, courageux, critiques, et avant tout indépendants.

Nous visons la construction d’un nouveau mouvement arabe révolutionnaire sous la bannière du maoïsme. Nous avons beaucoup à apprendre de nos camarades américains et européens. Nous sommes contents du début de dialogue avec nos camarades de «  servir le peuple » et de « Partisan » en France, du projet Kasama aux USA, ainsi que de plusieurs blogs et sites maoïstes. Nous appelons tous les vrais maoïstes arabes à être avec leurs peuples, aux côtés de leurs douleurs et luttes, avec la ligne de masse, contre l’islamophobie et la haine des élites à complexe minoritaire anti-islam. La révolution est pour le peuple et ne peut pas par conséquent se faire sans le peuple, contre le peuple, ou contre sa culture, son cœur, son âme, et ses intérêts.

 

 

 

Advertisements